Les tirs au but lors de la dernière coupe du monde ont donné des idées à plus d’un couple. Du ballon rond aux ventres rebondis des admiratrices de Klinsi & co, il n’y qu’un pas de neuf mois, que d’aucuns ont allègrement franchi dans l’euphorie du dernier mondial. Les observateurs pronostiquent en effet un mini baby-boom pour ce début de printemps.
On ne sait pas encore si les petits garçons s’appelleront tous Jürgen ou Michaël. Mais qui sait, les petites Allemandes qui vont voir le jour ces jours-ci seront peut-être baptisées Ursula.
Fille à papa, look BCBG genre gouvernante de bonne famille, sept enfants, sur-diplômée, active, catholique et chrétienne-démocrate, Ursula von der Leyen, la « wonder woman » d’Angela Merkel, a un côté « too much » qui en énerve plus d’une et surtout plus d’un. Mais la poupée Barbie toujours souriante, perçue au départ comme un gadget de la chancelière, est tenace. « Mère Ursula », comme l’a baptisée la « Tageszeitung » se profile comme une Jeanne d’Arc de la cause féminine qui, à l’arrivée, aura peut-être plus fait pour les Allemandes que Clara Zetkin et Alice Schwarzer.
« Les faits sont têtus », comme disait Monsieur Oulianov. Les femmes dans ce pays travaillent moins qu’ailleurs mais sont plus souvent actives que dans le passé. Et la famille traditionnelle que certains défendent becs et ongles a du plomb dans l’aile. Ursula von der Leyen peut donc compter sur le soutien de ses concitoyens pour mettre un terme au « Sonderweg » allemand, comme le montrent les sondages. La politique familiale et les mentalités font toujours plus confiance à la mère pour éduquer ses enfants qu’à l’Etat, aux crèches et autres jardins d’enfants. Les moyens importants mis en œuvre permettent à la mère de rester au foyer et négligent les infrastructures. La mère poule est la règle ; la « Rabenmutter », la « mère corbeau » indigne, l’exception honnie.
Comme souvent lorsque des dogmes et autres vaches sacrées sont remis en cause, ceux qui ne sont pas a priori prédestinés à mettre en place cette politique disposent des meilleures cartes. Ils ne sont pas suspects d’agir par pure idéologie et peuvent mieux convaincre leurs troupes réticentes. L’actuelle grande coalition facilite aussi les choses. Même si les nostalgiques d’un ordre désuet dans les rangs chrétiens-démocrates ne s’estiment pas vaincus. Leurs positions hier ouvertement défendues sont devenues politiquement incorrectes. Elles transparaissent en demie teinte dans leurs discours. Ils les dissimulent derrière des prétextes technocratiques comme le financement des projets de la ministre ou les écueils du fédéralisme. Mais la pression de la base n’a, elle, rien d’un prétexte. Les petites Ursula qui naissent ces jours-ci auront malgré tout plus de chances que leurs mères de s’ébattre un jour dans une crèche.
Pascal Thibaut est correspondant de RFI, il habite à Berlin depuis 16 ans.
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