
La liberté publicitaire des entreprises de tabac risque d’être définitivement bridée en Allemagne. Le ministre des consommateurs, Horst Seehofer (CSU) a annoncé la préparation d’une loi appliquant la directive européenne sur la protection des non-fumeurs pour l’automne prochain. Cette directive interdit la publicité pour le tabac, le parrainage d’événements par des marques de cigarettes et le tabagisme dans les lieux publics. Non seulement la liberté des fumeurs, mais aussi « la liberté de la presse» seraient menacées, se tourmente Wolfgang Fürstner, président de l’Union des éditeurs de presse allemande. Une explication qui paraîtrait fumeuse si l’on omettait que le manque à gagner pour la presse écrite – la pub est déjà interdite à la TV et à la radio – s’élèverait à 118 millions d’euros par an, ce qui représente près de 15% des recettes publicitaires de ce secteur des médias. Autre victime : l’Etat. Le lobby du tabac est très lié au pouvoir et l’impôt sur le tabac alimente copieusement les caisses publiques.
Sous le gouvernement rouge-vert, l’Allemagne avait déposé un recours contre cette directive, où elle contestait l’arbitrage de l’UE en matière de santé publique, domaine relevant de la compétence des états membres. Mais la Cour européenne de justice risque bien de rejeter ce recours. Aussi, comme pour anticiper cette décision, tous les partis semblent s’être convertis à la cause de la santé publique et renoncer au rapport très libéral que l’Allemagne entretient avec la cigarette.
Pourtant, le pays fait encore partie des derniers bastions de résistance européens. Si le tabagisme dans certains lieux publics est déjà défendu, la branche de la restauration résiste farouchement. Dans les cafés- restaurants, où « l’on se rend de plein gré », le lobby des restaurateurs a favorisé l’aménagement progressif d’espaces non fumeurs, sans que cela ne soit réglementé par la loi. « La cigarette n’est-elle pas, au même titre que la bière, une part intégrante de la culture nationale du Kneipe ?» revendiquait le député SPD Benneter.
Mara Desbois