imprimer   17.05.2012 
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En 2005, avec 700.000 naissances, l’Allemagne atteignait son taux de natalité le plus bas depuis 1946. Mieux vaux tard que jamais, l’introduction du salaire parental, la réforme possible des privilèges fiscaux pour les ménages, les programmes de financement des crèches témoignent d’une mutation de la politique de la famille, autour de laquelle gravitent un certain nombre de valeurs… et de tabous.





Etre carriériste, sept fois mère et issue d’un parti conservateur, où la famille est une valeur fondatrice : c’est peut-être la combinaison idéale pour oser et imposer une politique familiale audacieuse. Même si, dans le récent débat sur la réforme de la fiscalité des ménages, la ministre de la famille, Ursula Von der Leyen, campe sur des positions conformistes, elle semble avoir initié une réflexion sur les valeurs familiales, brisant certains tabous dans son parti et au-delà. En Allemagne, les lois sur la famille paraissent figées dans un temps passé : celui du foyer fondé sur le mariage, où la mère élève ses enfants. Prenant conscience du fossé entre les textes de loi et les réalités familiales très contrastées, le train de mesures lancé par le ministère entend corriger l’incompatibilité entre carrière et enfants, principal facteur de la faible natalité. A partir de 2007, le salaire parental, calculé en fonction du revenu - l’Etat paiera 3/4 du salaire à celui des parents qui prendra ce congé - est destiné à encourager notamment les femmes diplômées à faire des enfants.

 

 

Les pères, au foyer !

 

Au SPD, on ne laisse pas la ministre CDU récolter tous les lauriers d’une politique résolument moderne. Anja Sprogies, porte-parole du SPD de Berlin, n’hésite pas à rappeler que « le salaire parental est une dée sociale démocrate, imposée dans le cadre de la grande coalition ». Mais en suspendant l’intégralité des aides à l’implication des pères – s’ils prennent au moins deux mois de congé pour s’occuper de leur enfant –, Ursula von der Leyen, jetait un autre pavé dans la mare conservatrice et suscitait les émois dans les rangs, surtout mâles, de son parti. Pour les ténors de la CDU, l’Etat n’a pas à se mêler des affaires privées et la ministre bousculait un peu trop l’image traditionnelle de la famille.

N’en déplaise aux conservateurs, seule une intervention accrue de l’Etat pourrait relancer la natalité. Notamment pour le développement des infrastructures d’accueil des enfants en bas âge, préoccupation que partage le SPD avec la ministre Von der Leyen. (voir FAMILLE-Pénurie de kitas)

 

 

Fin des privilèges fiscaux pour les couples mariés 

 

La proposition récente de deux députés conservateurs risque d’ébranler également la protection du mariage inscrite dans la Loi fondamentale. Selon eux, les largesses fiscales à l’égard des ménages ne sont plus justifiées, sachant qu’un tiers des couples mariés sont sans enfants. Surtout que le système actuel avantage les couples où seul l’un des époux, en général le mari, travaille. Au lieu de perpétuer cette conception quelque peu désuète, les deux députés appellent à prendre en compte de nouvelles formes de conjugalité et surtout la prise en charge des enfants pour refondre la fiscalité de la famille. La politique familiale doit aussi être plus sociale, soutenir les familles monoparentales moins fortunées, qui sont lésées par ce système, pour porter ses fruits.

 

 

Au-delà des partis, le débat fait rage


On peut donc le constater, outre les considérations techniques des démographes s’ouvre un débat sur la société. Certains se font les chantres de la famille, « la seule cellule où l’on donne sans attendre de recevoir », le meilleur rempart contre l’individualisme, déclarait le journaliste Frank Schirrmacher, dans la FAZ. A l’autre extrémité, la figure très médiatique de la féministe Alice Schwarzer, s’agace qu’on magnifie les mères, défend sur les plateaux télé la femme émancipée, diplômée qui, lorsqu’elle a des enfants est taxée de « mère corbeau », l’oiseau qui néglige sa progéniture. Le débat sur la famille soulève les passions. Espérons qu’il contribuera à redresser la courbe plongeante de la démographie allemande.

 

Mara Desbois

 








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