
Ne lui demandez pas s’il lui arrive de s’ennuyer. Florence Müller n’a pas le temps de se poser la question. Cette Française de 40 ans est une besogneuse. Son application à l’apprentissage de l’allemand en donne un premier indice. A mi-chemin entre l’Espagne et l’Allemagne, cette Auvergnate d’origine avait penché pour la langue hispanique. Sa rencontre avec Axel Müller, un Munichois, a tout changé. « Etudiants, nous nous sommes connus en vacances », confie-t-elle. « Lui n’avait jamais appris le français, je ne connaissais rien à l’allemand. J’ai décidé de m’y mettre et ai acheté des livres. Axel m’enregistrait des cassettes. Tous les jours, pendant une heure, je m’exerçais. »
Diplôme de tourisme en poche, Florence a d’abord exercé dans un centre de vacances à Superbesse, en Auvergne. Avant de tout lâcher pour suivre Axel. C’était il y a treize ans. « Nous nous sommes mariés », poursuit-elle. « Axel a trouvé un travail chez Nestlé à Munich. Je l’ai suivi sans hésiter, persuadée qu’il y avait de la place pour moi dans le tourisme. » Consciencieuse, la Française suit quatre mois de cours intensifs en allemand. « Je voulais avoir des bases solides en grammaire. Puis j’ai trouvé un premier emploi dans l’hôtellerie. Rapidement l’hôtel a été racheté et j’ai intégré une entreprise chargée d’organiser des voyages pour les Français en Allemagne. Après la naissance de ma première fille, je me suis mise à mon compte. »
Aujourd’hui, Florence Müller continue de diriger sa petite entreprise. « J’organise une dizaine de voyages par an, en majorité pour des personnes du troisième âge », détaille-t-elle. En parallèle, la dynamique Munichoise aide à la bonne tenue de la pâtisserie française, que son mari a ouverte dans la Bergmannstraße, à quelques encablures du consulat français. Réception des clients – faisant souvent étalage de leur connaissance du français - pendant que monsieur officie aux fourneaux.
Derrière la caisse de la pâtisserie Amandine, Florence laisse aussi vagabonder son esprit vers la préparation des cours qu’elle donne à des élèves de classe primaire. Une autre de ses activités… « En conduisant mes deux filles à l’école allemande, j’ai fait la connaissance de la professeur qui enseignait le français. Elle était débordée et m’a demandé de l’aider. » Et depuis bientôt sept ans, la mère de famille initie les enfants à la langue de Molière à l’aide de pièces de théâtre, de jeux ou encore de chansons.
Les petites filles Müller ont également profité des cours de maman. « Mais pour elles, ça n’a pas été trop compliqué. Elles sont déjà bilingues, explique Florence. A la maison, elles utilisent les deux langues. Ça se passe sans problème. Pour les aider, j’ai très tôt acheté des livres et des cassettes à la librairie française. » Allemand, français, anglais ou encore espagnol, Florence Müller jongle, elle aussi, entre les langues. « J’ai aussi appris l’italien, s’amuse-t-elle. L’été, avec une amie, nous avions l’habitude d’échanger nos emplois. Elle venait pratiquer le français à ma place, quand j’améliorais mon italien dans son entreprise. Mais nous avons arrêté, je n’avais plus le temps de tout conjuguer. » Quand on vous dit, que Florence Müller ne s’ennuie jamais…
Julien Bels