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La pilule est difficile à avaler pour les pharmaciens...

DocMorris, le groupe hollandais de vente de médicaments par Internet, et son concurrent Easy Apotheke ont ouvert plusieurs filiales en Allemagne depuis le début de l'année, en contournant la législation. Leur force d'achat leur permet de proposer des prix discount pour les médicaments sans ordonnance. De quoi donner des maux de tête aux pharmaciens indépendants.

 

 

 

Les 21 500 pharmaciens allemands ont enterré le caducée de la paix. Depuis 2004 que le shérif – la Commission européenne puis le gouvernement allemand – a décidé la libéralisation du prix des médicaments sans ordonnance, les enseignes comme DocMorris et Easy Apotheke tentent de s'implanter sur leur territoire par le biais de franchises. Et se livrent déjà à une guerre des prix. Y a-t-il de la place pour tous en ville?

 

Visiblement, pas à Hildesheim, une ville de 100 000 habitants près de Hanovre, où les 50 pharmaciens indépendants ont menacé de changer de fournisseurs si l'idée les prenaient de livrer une pharmacie flambant neuve, filiale d'Easy Apotheke. Fin janvier, cette dernière était entièrement vide, faute d'approvisionnement.

 

N'empêche, DocMorris annonce vouloir développer une chaîne de 500 pharmacies d'ici trois à cinq ans, tandis que son concurrent Easy Apotheke pourrait lancer une centaine de boutiques dans toute l'Allemagne au cours de l'année 2007.

Pour contourner la législation, qui leur impose de rester propriétaire de leur officine, les pharmaciens doivent signer une licence auprès du distributeur, auquel ils versent des droits pour l'utilisation du logo. En retour, ils espèrent augmenter leur clientèle en vertu d'un principe simple : des prix cassés, jusqu'à 30% inférieurs à ceux conseillés par les fabricants.

 

Déjà concurrencés par la vente de médicaments par correspondance (autorisée depuis le 1er janvier 2004), les pharmaciens tiquent devant la disparition du fameux « A » rouge, symbole selon l'AFBA, l'association fédérale des pharmaciens, de « bons conseils » et d'une meilleure prise en charge des patients.

 

Certes, les médicaments sans ordonnance ne représentent que 17% d'un marché de 35 milliards d'euros, mais il s'en vend chaque année 740 millions d'unité - plus que de médicaments prescrits. Un marché juteux, chasse gardée des pharmaciens, même si certains produits, comme les pansements, les vitamines ou les compléments alimentaires --  mais pas l'aspirine – sont désormais vendus dans les drogueries et les supermarchés.

 

Logiquement, DocMorris et Easy Apotheke espèrent une libéralisation totale du marché des médicaments, aidés dans leur lobbying par des experts qui assurent qu'elle permettrait de réduire les dépenses de l'assurance-maladie, puisque les médicaments représentent presque un quart des dépenses totales de santé. 

 

Pour acheter les stocks en gros et s'assurer des marges plus importantes, des groupements de pharmaciens, plus ou moins structurés, existent déjà en France comme en Allemagne. Les pharmacies discount ont dégainé les premières, les indépendants mordront-ils la poussière?

 

 

Damien Dubuc








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