Cinq ans après la tragédie du 11 septembre, les Européens renouent massivement avec l'avion.
Le développement exceptionnel des compagnies à bas coûts n'y est pas étranger. Ainsi, certains aéroports, notamment Cologne, Bâle, Charleroi, Marseille, Grenoble ou Berlin-Schönefeld bénéficient de taux de croissance de trafic impressionnants après avoir accueilli une base. Une manne non négligeable pour le tourisme et l'économie locale. Et pour le prestige aussi. A tel point que l'arrivée de ces compagnies dans l'aérodrome du coin est devenue la priorité des priorités pour les élus locaux. Certaines aérogares en Allemagne comme Zweibrücken (Rhénanie-Palatinat) se limitent à un bâtiment en préfabriqué et à une piste en rase campagne.
Les acteurs locaux se livrent donc une concurrence acharnée pour attirer les « low-cost », générateurs de trafic, quitte à distribuer de généreuses aides aux compagnies qui acceptent de se poser chez eux. Dans certaines régions, on frise l'absurde. Par exemple, dans la haute vallée du Rhin, où les petites plateformes de Strasbourg, Bâle-Mulhouse, Lahr-Schwarzwald et Baden-Airpark se disputent leurs passagers dans un mouchoir de poche géographique, alors même que les aéroports géants de Francfort et de Stuttgart sont à moins de deux heures de route. La libéralisation du secteur aérien, si elle a permis une démocratisation des voyages en avion, paraît parfois vraiment chaotique. Les compagnies jouent à fond sur cette concurrence entre aéroports et une opacité totale règne sur les décisions d'ouverture de lignes. Motivées exclusivement par le taux de remplissage des avions et donc leur rentabilité, les compagnies à bas coût n'hésitent pas à fermer brutalement des lignes si elles ne donnent pas satisfaction, laissant les passagers et les aéroports sur le carreau. Une pratique qui concerne également les compagnies dites « classiques » dont les méthodes de fonctionnement sont désormais largement calquées sur celles de leurs concurrentes à bas coût. Les liaisons à l'intérieur de l'Europe ne sont pas homogènes et certaines absences sont criantes, en particulier entre la capitale allemande et la France. Enfin, l'aspect environnemental est le grand absent de ce nouvel engouement pour l'avion, plus grand pollueur des transports. Un meilleur encadrement des pratiques des différents acteurs du secteur aérien est peut-être souhaitable pour accompagner un développement plus harmonieux et respectueux de l'environnement.
Philippe Dialo