

Dans Substitute, Vikash Dhorasoo, le dribbleur français, fait son cinéma. Armé d’une caméra Super 8, il relate sa Coupe du monde, bien à l’écart des projecteurs. Le film, réalisé par son ami Fred Poulet, est présenté à la Berlinale, et sortira en France ce mois-ci.
Comment vous est venue l’idée de ce film ?
Fred Poulet - Au départ on n’avait pas d’idée de format. La Coupe du monde approchait, Vikash brillait dans tous les matchs de préparation et de qualification. J’ai eu envie de faire quelque chose, dans le contexte gigantesque de la Coupe du Monde, avec ma petite caméra Super 8. J’ai pensé que Vikash était la personne idéale, par son ouverture d’esprit et sa curiosité, pour commencer une aventure comme celle ci.
Pourquoi avoir opté pour le format Super 8 ?
Fred Poulet - Pour les contraintes. Cela obligeait Vikash à être dans l’acte de filmer, de changer les bobines, toutes les 3 minutes… Bref, de faire du cinéma.
A l’écran, on voit le joueur vous apporter des sacs remplis de rushs : comment s’est construit le film au final ?
Fred Poulet –A ce moment-là, je croyais que j’allais faire un simple dérushage, un bout à bout. Mais la narration était dans la bande son. C’était tout de suite plus intéressant de mettre en abyme le discours, avec des images qui ne correspondaient pas forcément, plutôt que de faire une suite chronologique d’images. J’ai été le premier surpris à voir que ce que j’ai fait n’était pas un bout à bout, mais un montage.
Vous vous attendiez à ce résultat ?
Vikash Dhorasoo – Oui. Après la Coupe du monde, lorsque Fred m’a montré les premières minutes déjà montées, j’ai compris ce qui m’était arrivé. Quand je vois ces premières minutes, je me rends bien compte que ce que j’y dis, ça n’est plus la vérité. J’ai eu envie de dire à Fred : « bon, on arrête ». Puis après, je me suis dis non, au moins, ça va donner un film à la fin.
Y’aurait-il eu un film si la France avait été éliminée rapidement ou si Vikash avait eu plus de temps de jeu ?
Fred Poulet – Il y aurait eu de toute manière un film qui commençait le 23 juin et qui se terminait le 9 juillet. C’était le projet de base.
Les joueurs et la famille sont très peu présents ? Est-ce volontaire cette impression de solitude ?
Fred Poulet – On a vu le film se dessiner progressivement et on est allé dans le sens de ce qu’il nous proposait. Ce que j’espérais de la démarche, c’est qu’elle s’alimente elle-même et c’est ce qui s’est produit. Evidemment, on ne voit pas les barbecues, les moments où il s’amuse avec les autres ou lorsqu’il téléphone à sa famille. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer certains moments sans forcément coller au plus près de la vérité. Au final, j’arrive à une vérité qui, à mon avis, est toute aussi valable.
Vikash Dhorasoo – Oui, cette vérité existe. Mais dans ma solitude, dans mon enfermement, dans ma tristesse, il n’y a jamais eu d‘exclusion. Les moments de vie collective avec les autres joueurs, je les ai vécus. Je n’étais pas tout seul dans ma chambre.
Petit à petit, le son semble prendre le pas sur l’image…
Fred Poulet – Bien sûr. Après le match France-Brésil, Vikash commence à avoir envie de parler et le son devient plus important. C’était aussi le projet de départ : mettre du matériel à sa disposition. Et quand c’est le moment de parler, s’en servir. Il s’en est servi et ça a fait partie de la narration. Une fois le film monté, on se rend compte que c’est le son qui rapproche de Vikash. Il n’y a plus d’intermédiaire, je ne parle plus, il est seul à parler.
Vikash Dhorasoo – Tout au long du film, on le sent. Au début, j’ai la voix assez claire. Après, on sent bien que ma voix n’a plus la même pêche… On se parle d’abord tous les deux, puis au téléphone et finalement, je me parle tout seul. Je me mets en scène, aussi. J’avais besoin de parler au magnétophone et j’étais content de l’avoir mais je savais aussi que Fred allait s’en servir.
Vous avez envie de refaire du cinéma ?
Vikash Dhorasoo – C’était une expérience extraordinaire, mais je veux d’abord rejouer au football : c’est le plus important. En même temps, là, je suis à Berlin et la salle était pleine pour la première… Mais bon, c’est le film de Fred. Tout est de Fred. Moi, je suis juste content parce que j’ai fait des images et parce qu’elles servent.
Et pour le footballeur, ça se passe comment aujourd’hui, alors que le mercato est terminé ?
Vikash Dhorasoo – Je devais signer à Fulham et je me suis blessé en faisant le test physique. Je ne pouvais pas être plus malheureux…
Pas de contacts avec le Herta Berlin ?
Vikash Dhorasoo – (Rires) Non !
Propos recueillis pas Benoît Faedo et Damien Dubuc