
« Allez, debout les morts ! » Eva et Thomas sursautent, se lèvent comme un seul homme - un petit homme en l’occurrence. La veille au soir, Monique a déjà préparé toutes les affaires.
Bernd navigue au radar entre la cuisine et la salle de bains, la chambre et le salon, sans rien accomplir de pleinement satisfaisant, en se grattant nonchalamment la tête et en se demandant dans quel rêve étrange et pervers il erre.
Eva prépare soigneusement les poupées qui seront élue pour le voyage. Cindy, et ses airs de midinette attachante ? Amber, la classieuse baronne de Saxe ? Dilemme cornélien s’il en est.
Thomas emporte la troupe « 433 » de marines qui assurera la sécurité de la famille dans son périlleux voyage.
Lothar tient fermement serré dans la mâchoire son os en plastique préféré. Tel un fidèle lieutenant, il suit le capitaine Monique dans ses allées et venues. Il garde un œil sur les préparatifs, s’attaque à l’un des chaussons de Bernd qui essaie de faire le malin et se poste devant la porte d’entrée. Sait-on jamais, on a la mémoire courte dans cette famille…
Monique a imprimé le trajet, les arrêts « pipi », « essence », a prévu trois cartes différentes d’Allemagne, a inscrit sur chacune, au feutre noir, le parcours jusqu’à destination. Il ne lui manque qu’une boussole, un bon compas et une jambe de bois…
Tout le monde est fin prêt. Il y a autant de valises sous les yeux que dans les bras, pourtant rien ne briserait l’élan de joie féroce qui anime cette jolie bande. On descend au pas de course – quoique léthargique – les escaliers de l’immeuble.
La petite famille s’embarque dans la voiture. Monique pointe impérieusement le doigt vers l’Ouest. Le moteur s’ébranle. Les roues patinent une seconde dans la neige. Ca y est ! C’est parti ! Vers Köln, Cologne, le carnaval !
Les quelques 500 km à parcourir, la cinépathie chronique de Lothar, la douloureuse rengaine d’Eva (« Qu’est-ce que je peux faire ? Ch’ais pas quoi faire… »), et la musique entêtante de la console portable de Thomas, n’ont pas réussi à entamer leur morale. Bernd, les yeux mouillés de joie, s’écrie soudain : « T… Terre ! ».
Devant eux s’étale la ville de Cologne. La cathédrale lance ses flèches vers le ciel. La balafre du Rhin scintille sous le soleil de février. Les enfants poussent un hourra de libération. Lothar participerait peut-être si la nausée lui laissait un quelconque répit.
Ils se rendent avec impatience à leur hôtel situé prés du vieux marché. Un édifice typique du style allemand, avec son toit surmonté de ces antiques pyramides de tuiles noires, ses murs colorés troués par de grandes fenêtres cernées de bois comme autant de cadres sur leurs façades.
Bernd décide de faire une petite sieste. Monique emmène donc les enfants visiter la ville. Eva a revêtu son costume de grenouille, Thomas celui de Destructulator, le super héros, et Monique sa ravissante tenue de Shéhérazade. Pendant ces prochains jours, ils vont pouvoir côtoyer des comtes, Dracula ou autres, marraines et fées, entendre leur langue magique et entraînante : le Kölch.
Et là, on dit : Que la fête commence !
Paul Flavien Enriquez Sarano