

Kreuzberg, mini-Istanbul au cœur de la capitale allemande, n´a pas grand-chose à voir avec les fameuses banlieues dortoirs à la française. Ici, la mixité sociale est une réalité. Pour s’en convaincre, il suffit de se balader le long de la Oranienstrasse où les épiceries turques côtoient les cafés gays, les librairies alternatives et les bars branchés. Devant le musée de Kreuzberg (lire p. 13), une poignée de jeunes attend patiemment. Par cette froide matinée de février, ils sont venus de toute l’Allemagne pour effectuer dans le cadre de leur service civil une visite guidée de l’un de ces quartiers d’immigration de Berlin. Aujourd’hui, leur guide, c’est Nadja, membre de l´association X-berg Tag. Pour y avoir toujours vécu, la jeune allemande de 29 ans connaît bien son « Kiez ». « A Kreuzberg, plus de 150 nationalités cohabitent. Et ici notre quotidien, ce ne sont pas les bagarres, les armes et le racisme, contrairement à ce que disent les médias! »
Car 2006 a replacé la question de l’intégration au cœur des débats. L’appel à l’aide lancé par l’école Rütli de Neukölln, quartier dit « sensible » de Berlin, a pointé du doigt les carences du modèle d’intégration. Un an plus tôt, c’était le meurtre de la jeune Hatun Sürücü (lire p. 3). Dans le quartier de Wedding, l’obligation de parler allemand dans la cour de récréation imposée par l’école Herbert-Hoover et révélée par les médias a également fait polémique. Une pratique qui pourtant, fait ses preuves. Pour la directrice de l’école, Jutta Steinkamp l’intégration passe par l’éducation. Même constat lors du sommet gouvernemental de juillet dernier consacré à la question de l'intégration, que la Chancelière Angela Merkel a qualifié de « presque historique ».
Dès 2000, Nadja et trois amies, Wafaa la Palestinienne, Ilknur la Kurde, et Gökcen la Turque, toutes trois entre 25 et 28 ans, ont fondé l’association X-berg Tag. Leur but: casser les préjugés en organisant des visites guidées à Kreuzberg. En 2003, leurs efforts ont été couronnés par le Prix « Mete Eksi », récompensant des initiatives en faveur de « la coexistence pacifique de jeunes de diverses origines ». X-berg Tag travaille en collaboration avec le musée de Kreuzberg et l’association Ich bin ein Berliner, qui propose aussi des visites guidées dans le quartier mais menées cette fois ci par des lycéens et des jeunes... le tout, en allemand. Pour eux, l´intégration passe avant tout par une appropriation de la langue et des lieux. « Ceux qui vivent à Kreuzberg s’y plaisent », explique Nadja.
« A la différence de la France, où on a l’impression d’une société bloquée dans les banlieues, les populations d’origine étrangère ne sont pas obligées d’habiter là, il n’y a pas de ghettoïsation. En France, on « assimile » les immigrés en leur disant : Voilà, maintenant vous êtes Français ! Ici, par contre, demandez à quelqu’un d’où il vient et il répondra : « Je suis Berlinois et mes parents sont Turcs ! »
Sonia Gonzalez et Jennifer Semet
Voir aussi:
>> "Le regroupement de la communauté peut vraiment favoriser l´intégration"
>> Microtrottoir
>> Retraite à la turque
>> Crimes d´honneur, crimes d´horreur
>> Quand l'Allemagne « invitait » ses travailleurs
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Je voudrais savoir quelles furent les conséquences socio-économiques sur la communauté turque de Berlin après la chute du mur (concurrences des travailleurs venus de l'est, programmes immobiliers, chômage, racisme....)
Dans quelles industies les Turcs travaillaient ils dans les années 60 après la construction du mur.
merci de me répondre
bravo pour votre numéro très interessant!