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Alban Lefranc, auteur de « Des foules, des bouches, des armes », un roman sur la Rote Armee Fraktion, revient sur une période traumatique et fanstamée de l'Histoire allemande.


Pourquoi écrire sur cette facette de l’Allemagne des années 70 ?

 

C’est le court métrage de Fassbinder dans « Allemagne en automne » qui m’a donné envie de parler de cette période. Quelques mois seulement après le sanglant automne 77 (cf article), le cinéaste réussissait à montrer l’hystérie générale qui traversait le pays en filmant des corps et des affects. Derrière les commentaires souvent biaisés qui recouvrent cette période, j’ai voulu montrer des corps vivants dans le contexte d’une explosion contestataire.

 

 

 

Jonglant entre faits historiques et fiction, vous retracez l’histoire de trois des membres de la RAF, Vesper, Ensslin et Baader lui-même. De quoi les présenter en icônes d’une génération paumée entre remords du passé et consommation de l’avenir ?

 

On en a fait des icônes, des Bonnie and Clyde, ou un nouveau Pierrot le fou dans le cas de Baader, pour évacuer la dimension proprement politique de leur action. On oublie ainsi que le leader Rudi Dutschke, avant d’être gravement blessé dans un attentat, défendait lui aussi le passage à la lutte armée. Cette génération affrontait un déni généralisé de la période nazie, mais aussi le choc né du réarmement de l’Allemagne, la guerre du Vietnam, le sentiment d’une sclérose du système politique après la grande coalition de 66.

 

 

 

Les débats actuels autour libération de Brigitte Mohnhaupt et de la possible grâce accordée à Christian Klar rappellent combien le sujet est politique. Ecrire sur la Raf, est-ce pour vous un acte politique ?

 

J’ai voulu décrire une jeunesse exaspérée, aux prises avec une langue falsifiée par le nazisme. Aujourd’hui encore, la langue qui décrit la RAF est un terrain miné : en parlant de la « bande à Baader » (die Baader-Meinhof Bande est encore plus péjoratif en allemand) on les réduit à une bande de braqueurs de banques. Le terme « terrorisme » n’est pas anodin non plus : l’Etat en fait usage pour dénigrer l’opposition violente à son ordre et lui refuser toute espèce de rationalité. Espérons que mon livre aide à sortir des oppositions binaires et souvent stériles plaquées sur cette période.

 

 

Entretien réalisé par Charlotte Noblet.

 

« Des foules, des bouches, des armes », Ablan Lefranc, mai 2006, éditions Melville / Léo Scheer.





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