Les oeuvres du célèbre photographe s'arrêtent à Berlin jusqu'au 1er avril. 12 villes sont croquées en plus de 270 clichés et 12 films.
Raymond Depardon prend la parole. Il parle calmement, d’une voix claire, et il prend le temps, comme dans son travail. Il commence par s’excuser de ne parler que le français. La vérité est qu’il parle une langue comprise de tous. A 64 ans, il vous fixe de ses yeux clairs et vifs. Il transperce et lit l’âme des gens. En un instant, on se sent désarmé, mis à nu. En une seconde il a volé quelque chose de nous. En un battement de cils, il nous a photographiés.
Depardon est un grand Monsieur. Pas seulement parce qu’il est l’un des meilleurs cinéastes et photographes français, cofondateur de l’agence GAMMA. Non. C’est un grand Monsieur car il porte sur le monde un regard simple et généreux. Sans jugement et sans prétention. Un regard humaniste et passionné. Et c’est cette passion qu’il offre. Ce « voleur d’images », comme il se définit lui-même, aime observer, guetter les gens en train de vivre, pour dégager en eux l’individu. Il transforme le banal en quelque chose d’intéressant. Cet « enfant du miracle qui réussit à maintenir ces deux choses en parallèle », le cinéma et la photo, assure ne pas mélanger les genres. Et c’est dans cet état d’esprit qu’il a promené son regard aussi bien en Afrique que dans un asile psychiatrique, aux urgences que dans un palais de justice. Il s’est également penché sur le quotidien du monde paysan, car c’est de là qu’il vient. Il est « fils de paysans » et fier d’avoir passé son enfance dans une ferme de la vallée de la Saône. Cela lui a donné des valeurs importantes. Mais c’est aussi ce qui l’a longtemps mis en opposition et en colère contre la ville, perçue comme un endroit d’enfermement. C’est pourquoi son dernier travail, filmer et photographier 12 villes dans le monde, lui semblait « une folie ». Il revient de cette « itinérance » avec 12 films de 5 min et plus de 270 photos couleur, une première pour cet habitué du noir et blanc. Son but : « Etre un homme qui regarde simplement, sans vouloir donner un sens aux choses ». Ainsi, il a cherché des plans simples pour illustrer son idée du premier regard, celui que l’on porte en tant que touriste sur une ville inconnue, celui qui nous surprend et nous éblouit puisqu’il est « le plus intelligent ». Si ce travail fut une vraie révélation, il lui a surtout permis de s’apercevoir qu’ « on pouvait être citadin et heureux ».
Berlin, citée importante à ses yeux, fait partie des 12 villes choisies. La première fois, il s’y est rendu à 19 ans, pour photographier la construction du Mur. Ou plutôt, « les enfants qui faisaient ce mur », des gamins de son âge. Près d’un demi-siècle après, il revient dans un lieu changé et en constante évolution. En tant que capitale culturelle ayant une longue histoire avec l’image, elle a sa place comme ville de la photographie. Et c’est pourquoi son travail complet Villes/Cities/Städte est étrenné ici.
Letizia Mariotti
Raymond Depardon: Villes/Cities/Städte, Museum für Fotografie, Jebensstr. 2, 10623 Berlin, ouvert du ma. au dim. 10h-18h, et jeu. 10h-22h