Il serait temps que la France reconnaisse sa responsabilité dans le massacre, le 17 octobre 1961, d’une centaine de manifestants algériens, assassinés par la police sur ordre du préfet Maurice Papon, puis jetés dans la Seine.
Rien. Je voulais voir s’il était possible de dénoncer la France sans être menacée de mort. Apparemment oui. Bizarre, les rappeurs ne se plaignent-ils pas toujours du manque de liberté d’expression dans l’Hexagone ? Qu’en penserait Ohran Pamuk ? Début février, le Prix Nobel de littérature 2006 était attendu en Allemagne pour une série de lectures, la Freie Universität de Berlin voulait lui décerner le titre de docteur honoris causa et le Berliner Ensemble avait mis les petits plats dans les grands pour une matinée dominicale avec lui. Pamuk a tout annulé. Il a préféré se rendre aux USA - pour une durée indéterminée.
Car en Turquie, on ne critique pas le gouvernement impunément. Hrant Dink, le journaliste turco-arménien abattu mi-janvier, en sait quelque chose. La journaliste İpek Çalışlar s’est quant à elle retrouvée devant les tribunaux pour avoir décrit Atatürk, le fondateur de la République turque, déguisé en femme afin d’échapper à un attentat : « Atatürk était un homme incroyablement courageux, lui a reproché l’accusation, il n’aurait jamais fait ça ! »
La lucidité est la blessure qui est la plus proche du soleil. Tout expatrié le sait: même quand on a décidé volontairement de partir, et qu’on peut rentrer à tout instant, il faut composer avec la nostalgie. Or Pamuk n’a pas le choix. L’assassin de Hrant Dink l’a désigné comme la prochaine victime. Il faut dire qu’en 2005, l’écrivain avait osé déclarer au Tages-Anzeiger zurichois: « (En Turquie), on a assassiné 30 000 Kurdes. Et un million d’Arméniens. » Ajoutons que les faits incriminés remontent au début du 20e siècle sous l’Empire ottoman. Voilà. Rien de plus. Cela mérite aux yeux de certains la mort. Pamuk a préféré la fuite. A présent, aux commentateurs de s’interroger sur la légitimité de l’entrée de la Turquie dans l’UE. Cette Europe qui n’a pas parue à Pamuk en mesure d’assurer une protection suffisante à un auteur menacé, et en laquelle il n’a pas vue une patrie - même pas en l’Allemagne, premier pays d’émigration des Turcs.
Selon Deleuze, écrire, c’est repousser les limites - limites entre le langage et le silence, entre le langage et la musique, entre le langage et le cri. Si Pamuk reste en exil, je suis curieuse de savoir ce que cela va donner.
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