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A la fin des années 70, cette affiche était sur tous les murs du pays.

 

 

Le Tribunal régional de Stuttgart s’est prononcé lundi 12 février pour la libération anticipée de Brigitte Mohnhaupt, ancienne figure du groupe terroriste Fraction Armée Rouge (RAF).  Christian Klar, autre membre de la « Bande à Baader » pourrait obtenir la grâce présidentielle. Trente ans après, l’« automne allemand » revient hanter l’Allemagne. Sous le signe du pardon ?

 

 

L’automne 1977 est sanglant en Allemagne de l’Ouest. La deuxième génération de la RAF (fondée par Andreas Baader au début des années 1970) radicalise son action. Au nom de la lutte contre une Allemagne impérialiste, des commandos de la RAF assassinent plusieurs personnalités de l’élite politico-économique : un procureur, deux banquiers et le président de la fédération patronale, Hanns Martin Schleyer, exécuté au bout de 43 jours de séquestration, directement après le suicide en prison de Baader et trois de ses compagnons. Brigitte Mohnhaupt et Christian Klar, considérés comme les cerveaux du groupe, sont arrêtés en 1982. Ils sont condamnés 5 fois à la perpétuité assortie de peines de sûreté, une durée « exceptionnellement longue pour le système judiciaire allemand, couplée à des conditions de détention très difficiles », explique Edith Lunnebach, ancienne avocate de la RAF.

 

25 ans plus tard, la justice allemande est prête à libérer Brigitte Mohnhaupt, qui à 57 ans ne « représente plus de danger pour la société ». Et le président Horst Köhler a annoncé son intention d’étudier la demande de grâce déposée en 2003 par Christian Klar, 54 ans, qui aura purgé sa peine de sûreté en 2009. Mais les Allemands n’ont pas oublié les deux décennies de « terreur rouge » et leurs 34 victimes. « C’était la première fois que la démocratie devait faire face à un extrémisme violent depuis le nazisme. 30 ans, c’est court pour des événements qui ont autant secoué la République fédérale », analyse Claire-Lise Buis, chercheuse au Centre Marc Bloch de Berlin.

 

Le sort des deux anciens terroristes ravive les débats. Les uns refusent une libération anticipée parce que ni Mohnhaupt ni Klar n’ont jusqu’ici exprimé (publiquement) de repentir. Les autres sont partisans de la réconciliation. Selon un récent sondage du magazine Spiegel, 71% des Allemands appartiennent à la première catégorie. Claire-Lise Buis résume : « la démocratie et l’opinion publique allemande sont confrontées à la question de savoir si des terroristes politiques peuvent être traités de la même manière que des criminels de droit commun et s’ils sont ou non socialement réintégrables ».

 

Ironie du sort, Christian Klar pourrait être gracié par l’ancien directeur général du FMI, aujourd’hui président de la République fédérale. Celui-ci prendra sa décision « en son âme et conscience et n’aura pas à justifier publiquement ce qui l’a amené à déclarer Christian Klar digne ou indigne d’être gracié », rappelle Edith Lunnebach. Sur décision du Tribunal régional de Stuttgart, Brigitte Mohnhaupt sera libérée fin mars. L’occasion pour l’Allemagne d’entamer un réel travail de mémoire sur ce chapitre de son histoire. Et peut-être, un espoir pour les trois autres membres de la RAF encore sous les verrous.

 
Anne le Touzé

 








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