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Gastarbeiter, littéralement « travailleur invité ». Comment traduire autrement un mot, délibérément ambigu, qui tint lieu de politique d’immigration dans une Allemagne d’après-guerre en plein boom économique ? L’économie ouest-allemande d’alors souffrait, comme celles d’autres pays européens, d’une pénurie de main d’œuvre. Faire appel à l’étranger apparut vite comme la solution la plus simple (et la moins chère). Mais attention, venir travailler oui, s’installer, sûrement pas !

 

1955, le gouvernement ouest-allemand signe à Rome le premier accord avec une Italie encore très pauvre. Dans les années qui suivent d’autres pays comme l’Espagne, la Grèce ou la Turquie signent des traités similaires : un moyen efficace pour ces pays de se séparer de chômeurs bien trop nombreux. On organise ainsi le voyage aller-retour de centaines de milliers de travailleurs flexibles et bon marché. Pourtant, comme leur nom l’indique, ces travailleurs étrangers n’étaient que des « invités ». Après trois années de services rendus aux usines allemandes, ils étaient invités, fermement cette fois-ci, à rentrer chez eux pour faire place aux suivants, au nom du fameux « principe de rotation »… En 1964, l’Allemagne abandonne ce principe, sous la pression du patronat. Former de nouveaux ouvriers tous les trois ans est en effet un non-sens économique. Le concept de « Gastarbeiter » perd alors de sa pertinence, les travailleurs finissant par rester sur le sol allemand.

 

En 1973, choc pétrolier oblige, l’Allemagne ferme les robinets de l’immigration économique. Le principe du « Gastarbeiter » devient définitivement caduc. Entre 1955 et cette date, plus de quatre millions de travailleurs étrangers auront foulé le sol allemand. Un grand nombre n’aura fait que passer. Les autres se sont installés définitivement. Avec la possibilité du regroupement familial, ils ont quand même pu faire venir leur famille, formant les débuts d’une présence étrangère durable en Allemagne. Une présence bien humaine, cette fois-ci.

 

 

 

Jean-Baptiste Chastand

 

 

Voir aussi:

>>  Allemagne, terre d'intégration

>>  "Le regroupement de la communauté peut vraiment favoriser l'intégration"

>>  Microtrottoir

>>  Retraite à la turque

>>  Crimes d'honneur, crimes d'horreur

 

 








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