
Début février, deux ans après le crime d’honneur d’Hatun Sürücü, jeune Allemande d’origine turque tuée par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande », une manifestation silencieuse est organisée à Kreuzberg, quartier turc de Berlin. Le même jour, au tribunal régional de Limburg, en Rhénanie du Nord Westphalie, se déroulait le procès d’un père qui aurait incité son fils à tuer sa sœur pour laver l’honneur de la famille, celle-ci ayant refusé d’épouser un cousin en Turquie. Le crime d’honneur, désaveu de l’intégration à l’allemande ?
« Plusieurs musulmans placent encore leur fille chez un cousin, pensant la mettre entre de bonnes mains », raconte Fatma Öner, travaillant à la maison de quartier de Schöneberg, à Berlin. « Ils ont parfois du mal à accepter que leur enfant se comportent autrement. » Fatma, d’origine kurde, insiste sur la pression de l’entourage, très influent lorsque les parents n’assument pas ce que font leurs enfants. « Pour les crimes d’honneur, il faudrait aussi punir la famille, pas seulement celui qui agit. Et pour les mariages forcés, la Turquie devrait coopérer et dénoncer les mariages de mineures. » Fatma place aussi beaucoup d’espoirs dans l’éducation.
C’est d’ailleurs ce à quoi s’attache son frère, Ismail Öner, assistant social à Spandau, un autre quartier de Berlin. Ismail travaille avec des « KAT-Jugend », des jeunes d’origine kurde, arabe et turque en difficultés. « Mes jeunes sont en général issus de familles nombreuses où ils doivent respecter les grands frères et le père, où le collectif a priorité sur l’individuel. Et à l’école, là où le ‘je’ compte plus que jamais, ils sont fréquemment perdants. Résultat, ils ont un énorme besoin de reconnaissance et recherchent des repères qu’ils disent trouver dans l’islam », explique Ismail. « Mais l’islam, les jeunes l’utilisent avant tout pour justifier leurs actes désespérés de virilité, souvent criminels. »
Crimes d’honneur, mariages forcés et autres violences faites aux femmes : l’association Terre des Femmes (TDF) reçoit quotidiennement 3 à 5 appels de femmes en détresse. « Depuis le meurtre d’Hatun Sürücü, beaucoup de femmes nous demandent aussi conseil par mail, anonymement », explique Myria Böhmecke. Nous les incitons soit à parler avec leur famille, soit à la quitter dans les cas les plus dangereux, ce qui s’avère très douloureux. » Dans ce cas, les filles sont emmenées dans une « Frauenhaus », une maison de protection pour femmes battues.
« Beaucoup de filles sont traumatisées par le fait de devoir coopérer avec la police et se sentent plus coupables vis-à-vis de leur famille que convaincues du bien-fondé d’une procédure juridique », explique Regina Kalthegener. L’avocate représente TDF au sein du groupe de travail sur l’intégration (1) lancé par Angela Merkel en juillet dernier : « Pour changer les mentalités, il ne suffit pas d’en parler, il faut aussi plus de moyens pour faire connaître aux victimes les possibilités de s’en sortir et pour leur venir en aide. »
Attente plutôt légitime lorsqu’il s’agit d’une atteinte aux droits de l’Homme avec un grand ‘H'.
(1) Nationaler Integrationsplan
Charlotte Noblet
Les liens pour version online :
www.terre-des-femmes.de
www.tio-berlin.de
www.madonnamaedchenpower.de
Voir aussi:
>> Allemagne, terre d'intégration
>> "Le regroupement de la communauté peut vraiment favoriser l'intégration"
>> Microtrottoir
>> Retraite à la turque
>> Quand l'Allemagne « invitait » ses travailleurs