
Cela faisait cinq mois qu’Arcelor repoussait les avances de Mittal. Cinq mois d’intenses négociations au cours desquelles le prétendant d’origine indienne mais de droit néerlandais a tout fait pour séduire le conseil d’administration de son concurrent paneuropéen. Mais dans l’industrie aussi, on se méfie des mariages multiculturels. Mittal n’offrait pas suffisamment de garanties financières et faisait peser une menace sur l’indépendance d’Arcelor. Sans oublier ses 94 000 employés. Et puis, comme l’a noté Michel Rocard dans une tribune dans Libération, on n’est pas prêt en Europe à voir nos entreprises « croquées » par de nouveaux groupes issus de pays émergeants, pour lesquels « les différences de niveaux de salaires assurent […] et pour très longtemps une profitabilité actionnariale hors de proportion avec ce qui est possible en pays développé ».
L’affaire avait donc pris un tour politique. Mais cette même politique a montré à nouveau ses limites dans le domaine de l’économie mondialisée. Dimanche 25 juin, le conseil d’administration du groupe européen a finalement accepté une offre rehaussée de Mittal, estimée à 25,6 milliards d’euros. Avec une telle somme sur la table, les actionnaires font une bonne affaire, et devraient donc approuver la création de ce nouveau géant de l’acier, trois fois plus gros que son premier concurrent.
Arcelor Mittal n’est que la dernière union d’une année 2006 qui a d’ores et déjà battu tous les records en termes de transactions. On surpasse même les excès de la période de la « nouvelle économie ». Tant et si bien que le montant faramineux dépensé depuis le début de l’année par les entreprises du monde entier pour leurs fastueux mariages, estimé à 1400 milliards d’euros, devient abstrait et n’a plus de sens pour personne. Banque (BNP Paribas - BNL.), assurances (Axa - Wintherthur), édition (Lagardère - Time Warner Book Group) ou télécommunications (Alcatel - Lucent), tous les secteurs de l’économie sont touchés. Et ce n’est pas fini. La grande distribution bruisse de rumeurs autour de Casino, qui pourrait actionner sa machine à sous pour mettre Monoprix dans son caddie. Chez les pharmaciens, Sanofi-Aventis, un an après une fusion menée tambour battant, aurait déjà retrouvé une santé assez éclatante pour s’intéresser à son partenaire Bristol-Myers Squibb. Dans les télécoms, le Suisse Swisscom a récemment affirmé son ambition de se développer en Europe par le biais d’acquisitions. L’été est une saison généralement propice aux mariages, et nul doute que celui ci aura lieu dans les règles. Mais face à la multiplication des noces, dont certaines finissent dans la douleur, il parait légitime de s’interroger sur le contrôle qui peut y être appliqué.
Constant von Meerkamp