imprimer   03.09.2010 
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Le Japon a beaucoup de choses à offrir. Sauf l’espace. L’exposition Tokyo-Berlin à la Neue Nationalgalerie nous le montre: les Japonais ont inventé des hôtels de la taille d’un sarcophage. Et puis leurs appartements sont minuscules. Ils se nourrissent à peine de tapas. Ils boivent dans des dés à coudre. Leurs arbres ressemblent à des pots de basilic. Et regardez leurs baguettes par rapport aux nôtres! Même cette exposition était plus petite au Mori Art Museum de Tokyo. C’est bien simple, au Japon le nec plus ultra est d’occuper le moins d’espace possible. Ça a ses avantages: les foules entassées dans le métro ne provoquent aucune sensation d’étouffement. Quand un pied ou une épaule dépassent de la rame, hop, ils sont vite réintroduits par les pushers, les employés chargés de rentrer les membres récalcitrants avant de fermer les portières. Oui, le Japon est victime de surpopulation. Les 127 000 000 habitants de l’archipel doivent se partager 378 000 km². A titre de comparaison, la France compte 63 000 000 d'habitants (deux fois moins) pour une superficie de 675 000 km² (presque le double). Pour réguler les naissances, il faudrait peut-être accepter certaines femmes dans les compétitions de sumo : les femmes enceintes. Et pourtant, comble du paradoxe, le taux de natalité est faible. Trop faible. 1,29 enfant par génitrice. A ce rythme-là, en 3300 le peuple japonais aura disparu.

 

 

Qui ne dit mot se tait

 

Autre domaine frappé de petitesse au Japon: la mémoire. Depuis soixante ans, malgré des manifestations hebdomadaires initiées en 1992 devant l’ambassade japonaise à Séoul, le gouvernement refuse de reconnaître sa responsabilité envers les Coréennes utilisées comme «femmes de réconfort» pour les soldats de l’Empereur. Au musée de la guerre à Tokyo, le ton est franchement révisionniste1;: le massacre de Nankin est nié, on présente l’expansion nippone dans le Pacifique comme la juste volonté de constituer une zone de prospérité asiatique contre l‘impérialisme occidental. Quant au sanctuaire de Yasukuni, on y honore la mémoire des martyrs - dont quatorze criminels de guerre de «classe A». Cela n’empêche pas le Premier ministre Koizumi de s’y rendre chaque année en pèlerinage, provoquant l’ire de la Chine et de la Corée. Inimaginable en Allemagne. Dans son ouvrage The wages of guilt. Memories of war in Germany and Japan, Ian Buruma nous rappelle: comme symbole des victimes de la guerre, l’Allemagne a Auschwitz, le Japon Hiroshima. Ça fait toute la différence.

 

 

*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.





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