
L’année de l’Allemagne vient de se terminer au Japon. L’exposition Berlin-Tokyo, Tokyo-Berlin, l’art de deux villes, retraçant les influences artistiques réciproques des deux métropoles sur plus d’un siècle, a quitté la capitale nippone pour s’installer à la Neue Nationalgalerie jusqu’au 3 octobre... sous une forme un peu différente.
Le hall de la Neue Nationalgalerie annonce tout de suite la couleur. L’architecte Toyo Ito l’a transformé en un espace urbain sur lequel le visiteur est invité à déambuler. Voire à pénétrer : dans le flanc d´une colline en bois, Tsuyoshi Ozawa a aménagé quelques chambres de ces fameux capsule-hotels, croisées pour l’occasion avec les abris de SDF installés dans le parc d’Ueno à Tokyo.
Organisée en collaboration avec le Mori Art Museum de Tokyo, cette exposition tient ses promesses. Du japonisme au mouvement Dada en passant par le Bauhaus et l’expressionisme, les influences sont stupéfiantes. On retiendra les collages de Raoul Hausmann et Masahisa Kawabe, les magnifiques petites aquarelles et encre de Chine d’Emil Nolde ainsi que le tableau Tout sur elle de Seiji Togo où culmine l’humour cubiste.
Pourtant, il semble parfois que les organisateurs se soient creusés la cervelle pour illustrer leur postulat. Ainsi, dans la série de photographies de la Japonaise Ishiuchi et de l’Allemand Florschuetz, on ne peut véritablement parler d’influence mais plutôt d’une source d’inspiration commune : le corps, thème partagé par un bon nombre d’artistes du monde entier. « A partir des années 40, avoue Angela Schneider, la commissaire de l’exposition, ça a été plus difficile de trouver une interactivité ».
Interdiction de quitter le territoire
De toute façon, à Tokyo il a fallu renoncer à exposer une grande partie des œuvres. La photographie subjective, le mouvement Fluxus, la performance de Joseph Beuys et Nam June Paik, ainsi que toutes les années 70 et 80 sont passés à la trappe. Le Mori Art Museum, situé au 53ème étage d’une tour à Roppongi Hill, offre certes une vue imprenable sur la capitale nippone, mais l’espace d’exposition est bien moindre que le bâtiment berlinois conçu par Mies van der Rohe.
A Tokyo, les organisateurs ont également fait le choix de ne montrer aucun artiste contemporain japonais, seule la scène berlinoise actuelle était présente. A Berlin donc, l’exposition est plus riche. Grand absent cependant : Yoshitomo Nara, le plus allemand des artistes pops nippons puisqu’il a étudié à l’Académie des Beaux-arts… de Düsseldorf. « Nous ne voulions que des artistes ayant trait à Berlin », explique Angela Schneider. Même Jarg Geismar, exposé début 2006 à la galerie A.R.T (Artist Residency Tokyo) sous le titre Lost in Berlin, lost in Tokyo, n’a pas été retenu : il habite en Rhénanie. Quant aux œuvres japonaises présentées à la Neue Nationalgalerie, elles diffèrent en grande partie de la version tokyoïte de l’exposition, Berlin n’ayant pas reçu l’autorisation de les emprunter toutes. Raison invoquée par Tokyo : interdiction de quitter le territoire. « Nos collègues du Musée d’art est asiatique sont habitués à ce genre de pratiques, pour nous ce fut la surprise ! » confie Angela Schneider.
Jérôme Silene
Exposition Berlin-Tokyo/Tokyo-Berlin. Die Kunst zweier Städte, du 7 juin au 3 octobre 2006, Neue Nationalgalerie, Potsdamer Straße 50, 10785 Berlin