imprimer   17.05.2012 
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Deux semaines. Nos deux amis ont sauté à pieds joints dans cette phase flottante et floue qui sépare les vacances du quotidien, et sont arrivés fatigués chez leurs amis les Galleck, à l’ouest de la ville.

Tout reste à faire. A refaire plutôt. Ce refrain ne laisse pas de répit à Monique qui essaie pourtant d’être légère face à tous ces changements. Elle goûte à l’exotisme de l’Abendbrot, traîne ses enfants dans une petite tente en toile derrière son vélo, et essaie tant bien que mal de rester sexy en mangeant une Currywurst. Mais en bonne logisticienne, elle s’organise. D’abord il lui faut s’approprier cette ville, qui, non de non, a bien changé en dix ans. Elle a l’impression qu’un pot de peinture a été balancé sur Berlin et que les grues, toujours aussi nombreuses, ont juste changé de place. Quinze jours que Monique sillonne la ville, quartiers par quartiers et un enfant accroché à chaque main. Evidemment elle se projette. Là, non là, mais finalement pourquoi pas ici. Elle avait oublié à quel point Berlin était un puzzle de petits villages. Une ville où l’on pourrait rester dans son quartier pendant des années en autosuffisance. « Mitte, oui, c’est le centre, mais je n’ai rien à y faire », peut-on entendre. Elle a bien demandé conseil à Bernd, qui dans un mélange masculin d’attention et d’égoïsme, lui a laissé « carte blanche » sur le choix de leur habitation. Elle est bien avancée, et pour l’instant Monique voit plutôt une page blanche, même si elle sait déjà qu’elle cherche un appartement à acheter plutôt qu’à louer. Après avoir vécu dans 50 m2 à Paris pendant tant d’années, elle veut de l’espace et se sentir chez elle. Quant aux Galleck, accrochés comme des ventouses à leur Charlottenbourg ennuyeux, ils ne lui sont pas d’une grande aide.

Parfois elle se dit que tout est une affaire d’état d’esprit, de pouvoir d’achat et de préoccupations. A Charlottenbourg ou même à Schöneberg, par exemple, de l’argent on en a, on le montre et on vit, ma foi, confortablement et assez silencieusement, apparemment. A Prenzlauer Berg, c’est autre chose. Dans la hiérarchie, on a délaissé le confortable pour privilégier le beau. Et le beau à Prenz’, comme ils disent, est souvent de couleur orange voire marron. Dire qu’il avait fallu des années pour se débarrasser des vieilles tapisseries qui rendraient un bébé insomniaque, non, non à Prenz’, c’est la mode. Et, comble du comble, à Prenz’ même les gens sont beaux. Alors certes, ils vivent souvent du « système D » - une expression qui peut revenir souvent le dimanche après-midi entre deux allées du marché aux puces du MauerPark-, mais un beau système D : aucune épargne. L’argent gagné est dépensé, et ce le plus vite possible. Bref, le vrai charme de Berlin qui sait si bien vivre au présent.

Monique hésite, elle aime le orange, les magasins de décos et les fripes. En plus Prenzlauer Berg semble être le paradis des enfants, et il est rare de sortir d’une rue sans avoir croisé au moins une femme enceinte.

Quelques heures de déambulation à Friedrichshain ont par contre suffi à convaincre Monique de ne pas s’y installer. Créative, elle ne l’est pas vraiment, pour le côté artiste, elle attend toujours qu’un don particulier se manifeste, et pleine de revendications, seulement de temps en temps.

Non, Monique a craqué pour Kreuzberg, et sans même se laisser influencer par la dernière Une du Tipp. C’est le Canal, la lumière et le mélange. Le vrai, celui qui fait que l’on arrête d’être français en voulant ranger chaque personne dans un tiroir, parce que, à Kreuzberg, on se trompe à chaque fois.

Le quartier choisi, Monique cherche maintenant une agence.

Et là on dit : attention Monique.

 

Céline Figuière








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