imprimer   13.03.2010 
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Les traits tirés et les yeux crayonnés de noir, Mathilde Bonnefoy dit au revoir à Wim Wenders, et prend une petite pause dans un emploi du temps chargé.

 

Toute de douceur, elle s’excuse : « On doit travailler dur en ce moment avec Wim. Il faut monter son dernier documentaire avant la Berlinale ». On s’entend alors dire un « pas de problème » un peu tremblant. La jeune femme, monteuse et réalisatrice, commence lentement à parler d’elle, de son arrivée à Berlin il y a maintenant 16 ans « déjà ! Cela m’effraie le temps qui passe », de sa certitude de vouloir « y rester » et de ses doutes, quand elle enchaînait des petits boulots.

 

Pour sûr, elle ne regrette pas d’avoir quitté ses études de philo et d’avoir sauté dans un train, sans bagage et sans pièce d’identité, vers le Berlin fraîchement réunifié des années 90. « L’atmosphère était incroyable. Les gens aussi. Je pense qu’il faut toujours suivre son instinct. J’avais 19 ans, et je suis restée. Etant la fille du poète Yves Bonnefoy, très connu en France, je voulais en fait être anonyme et Berlin me le permettait ». Là-dessus, on se retient de lui lancer un « c’est raté ! » et on la laisse continuer.

 

Quelques années après son arrivée, elle rencontre un des membres du groupe de rock Rammstein et monte leurs clips. Quelque temps plus tard, elle passe au montage de fiction.

 

Elle parle chaleureusement de Tom (Tykwer) et de Wim (Wenders). Au premier, elle doit son succès, avec le film « Lola rennt », et au deuxième, une grande partie de sa persévérance lorsqu’elle se retrouve seule, quatre mois à Los Angeles, pour monter presque seule « A Soul Of A Man ». Difficile pour elle d’expliquer la relation entre un monteur et un réalisateur : « Quand je monte un film, je dois juger ce que j’ai sous la main, sans forcément chercher à recréer ce qui a déjà été fait. Il ne faut pas être prisonnier d’un moule ». Un petit rire avant d’enchaîner : « Le monteur a le mauvais rôle. Il frustre tout le monde : les acteurs parce qu’il ne choisit pas forcément les scènes qu’ils préfèrent, le scénariste parce qu’il réécrit l’histoire, le caméraman qui se focalise sur l’esthétique… Mais il faut user de diplomatie. Surtout avec le réalisateur quand on lui propose des changements sur ce qui restera « Son film » ».

 

Son propre film, elle y pense sérieusement. Mais peut-être qu’elle fera appel à un autre monteur « des bons monteurs il y en a beaucoup dans le monde ! », et on est sûre qu’elle le pense vraiment. Mais avant, c’est un rôle important qui l’attend. A partir du 8 février, elle présidera le Prix de la Berlinale « Dialogue en Perspective », organisé par TV5 et l’Ofaj, pour le cinéma allemand avec un jury composé de jeunes Allemands et de jeunes Français. « On est dans une période très intéressante : 17 ans après la chute du mur, les artistes et réalisateurs ont autre chose à dire et à montrer. C’est une nouvelle génération. Et à travers eux, on va pouvoir voir comment l’Allemagne évolue ». En attendant, le dernier film monté par Mathilde Bonnefoy est à l’affiche : « Paris je t’aime ». Mais Berlin, plus, oder ?

 

Céline Figuière





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