

Sebastian Schipper, étoile montante du cinéma allemand, a tourné deux films… dans la mouvance de la très abstraite Berliner Schule ? En visite à la Gazette, c’est avec un regard détaché, presque observateur, qu’il nous en parle.
Comment définirais-tu l’école de Berlin?
Hum, je pense à un langage visuel très sommaire, une manière calme et intimiste de raconter une histoire, avec un côté « social», des vrais gens qui luttent pour leur survie… Mais je ne sais pas si les réalisateurs qu’on compte communément dans la Berliner Schule se connaissent entre eux, s’ils ont conscience d’en faire partie. Est-ce qu’on peut considérer qu’un groupe existe si ce ne sont pas ses membres qui ont décidé un jour de sa création ? Moi par exemple, je ne sais pas si on peut me compter parmi la Berliner Schule. Je conçois mes films plutôt comme des contes. Dans Ein Freund von mir, il y a ce type qui arrive, comme un ange ou un fou, et qui secoue l’autre personnage. Je pars d’un point de départ réel, puis je le porte à son paroxysme. Jusqu’à quel point, par exemple, un être peut-il être mathématicien, ou solitaire ? J’aime étirer une situation à son maximum, presque jusqu’à son point de rupture. Ce qui me plaît, c’est cet enflement de la réalité… Pourtant, toutes les formes de travail que je connais, qu’elles soient artistiques ou non, tendent vers la même chose : la simplification. Mais pour ça, il faut être d’une précision absolue. Pour bien créer un personnage, il faut l’affiner, choisir trois caractéristiques essentielles et bien les ciseler. En tout cas, définir la Berliner Schule, c’est un peu comme si on me demandait d’expliquer le foot, je sais ce que c’est, mais c’est difficile de le faire comprendre à quelqu’un. Quoique, pour un sport, c’est quand même plus facile…
C’est peut-être plus comme de devoir définir l’amour ?
Oui, c’est ça !
Et entre Berlin, Hambourg et Munich, trois grandes villes de cinéma, c’est plutôt l’amour ou la rivalité ?
En tout cas, pas la rivalité. Je sens chez tous les cinéastes de ma génération une grande camaraderie. C’est important parce que réalisateur, c’est un métier extrêmement difficile, qui implique beaucoup de peurs, d’espoir, de mégalomanie, de doutes… les seuls qui peuvent comprendre ça, c’est les collègues. Alors quand on se rencontre, on est plus dans la compréhension que dans le « salaud, tu m’as piqué une subvention » ou bien « tu as m’as raflé un prix !»
Des projets ?
Oui, l’adaptation des « Affinités électives » de Goethe, à notre époque. Dans le livre, la pupille de l’héroïne s’appelle Odile, et comme que j’ai toujours eu l’impression qu’elle était française, j’ai envie de travailler avec une actrice française ! Et puis j’aime quand, dans un groupe, il y a un élément étranger. En ce moment, je travaille encore au scénario, le tournage aura lieu cet été, et on va bientôt commencer le casting. Mais je pense à Ludivine Sagnier…
A quoi associes-tu les cinémas français et allemand ?
De Godard à Besson, le spectre est vaste, mais j’ai l’impression que les films français partent toujours du cœur. Disons que quel que soit le sujet, il s’agit toujours d’histoires d’amour. La musique, les situations, les lieux… l’amour est la base sur laquelle tout repose. Quant au cinéma allemand, je dirais qu’il est basé sur la pensée. J’ai l’impression que c’est du cinéma à thèse. Ça peut paraître un peu cliché, mais la vérité peut aussi se trouver dans des idées apparemment rebattues…
Propos recueillis par Céline Robinet
Voir aussi :
>>> La nouvelle vague allemande
>>> Microtrottoir
>>> Fassbinder inépuisable
>>> Cinéma allemand, si loin, si proche !
>>> Berlinale: l'Allemagne en perspective
>>> La « Berliner Schule », mythe et avenir d'un cinéma d'auteur allemand
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bonjour, étudiante en cinéma,je souhaiterais savoir si il y a une école de cinéma interressante sur berlin, peut etre pourra t on me renseigner..
merci,danke ! juliette.
"En visite à la Gazette" ! mazette! y a du beau monde à la Gazette!