« Il n’y a pas de cinéma allemand, il n’y a que des films allemands ». Cette idée a longtemps été répandue un peu partout en Europe, réduisant le cinéma d’après-guerre à quelques œuvres marginales, parfois géniales, mais peu consensuelles. Cette époque est révolue. Un mur est tombé, le 21ème siècle a démarré, et la « Berliner Schule », ou école berlinoise, a fait son apparition. Au cœur du réseau d’écoles et d’étudiants issus de Berlin, toute une génération de cinéastes est née : Christian Petzold (Wolfsburg – 2003), Benjamin Heisenberg, Fatih Akin (Gegen die Wand – 2004), Hans Christian Schmidt (Lichter – 2003, Requiem – 2006), Stefan Baumgartner (Die fetten Jahren sind vorbei – 2004).
Regroupés autour de la revue « Revolver », pensée comme une plateforme créative et intellectuelle, ils utilisent Berlin comme une métaphore de certains aspects de la culture allemande. D’après Benjamin Heisenberg (Schläfer – 2005), il faut même parler d’une « nouvelle vague allemande ». Leur cinéma, plus européen, raconte des histoires simples et universelles, tragiques sans être épiques, un cinéma qui vous colle un peu plus à la peau, et qui ne renonce pas dans son réalisme à des accents lyriques. La maîtrise technique est absolue et peut se teinter d’un profond désespoir, comme Petzold ou Schmidt en ont fait preuve avec leurs films Requiem ou Gespenster. D’après Mathias Luthardt, le réalisateur du très représentatif Ping-Pong, « ces films ont en commun de raconter des histoires sur la vie de tous les jours en Allemagne, sans dramatisation et sans donner d’explications psychologique ». Les figures de leurs films sont symboliques des crises de l’homme contemporain, attaché à ses valeurs, attaché à ses biens, et capable de les perdre à chaque instant, jusqu’à en perdre la vie. Mais ne nous y trompons pas. Ce n’est pas pour autant d’une école dont il s’agit, ni d’un courant du type Dogma (comme ce fut le cas avec Lars von Trier ou Thomas Vinterberg, le réalisateur de Festen). D’après Christoph Hochhäusler, « il y a plusieurs cinémas berlinois. De Will Tremper, né à Braubach, à Rudolf Thome, de Wallau, ou à Tom Tywker, né à Wuppertal, il n’y a guère que Valeska Griesbach qui ait grandit à Berlin Et encore, elle a étudié le cinéma à Vienne…» Leur point commun, plus que leur localisation géographique, c’est que leur travail est traversé par un nouveau souffle, qui correspond à un changement d’époque et de génération. C’est là le grand espoir et la force vitale de ce cinéma. Alors quand le Festival de Cannes fera-t-il une place en compétition officielle à ce cinéma allemand, à un réalisateur qui ne soit plus systématiquement Schlöndorf, Wenders, ou rien ?
Selim Rauer
Voir aussi :
>>> La nouvelle vague allemande
>>> Microtrottoir
>>> Fassbinder inépuisable
>>> Cinéma allemand, si loin, si proche !
>>> Un conte de faits
>>> Berlinale: l'Allemagne en perspective