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Bamako Accuse

 

Le jour se lève sur Bamako. Une petite cour de la ville, celle dont Sissako est originaire, se réveille doucement. Pourtant, pas de récit intimiste, le réalisateur y installe un procès fictionnel. Les accusés : des représentants du FMI et du G8, et la partie civile : des citoyens maliens. Le procès, c’est celui de la dette qui assèche la production africaine et enclenche la spirale de la paupérisation, celui des privatisations qui livrent des segments de marché entiers à des compagnies occidentales, dans un pays luttant déjà pour crédibiliser son service public… Ce discours, archiconnu, manque souvent d’incarnation. Ici, Sissako donne la parole aux silencieux. Comme ce plaignant qui n’arrive pas à témoigner et se tait à la barre pendant de longues secondes. Au contraire, l’avocat du G8 et du FMI, Me Rappaport, accumule les effets de manche. Mais ce qui frappe avant tout, c’est la rhétorique flamboyante de la partie civile. Syllogismes implacables, discours carrés et habiles, discussions à bâtons rompus… Les débats reprennent les thèses d’Aminata Traoré (ministre de la Culture, jouant ici l’une des plaignantes) pour qui l’Afrique ne se caractérise pas par sa pauvreté, mais est plutôt victime de ses richesses.

Malheureusement, les intrigues sur la vie de la cour restent peu abouties. Mal reliées au procès, leur effet est soit trop direct - quand les plaignants évoquent l’absence de système de santé, on voit didactiquement un homme malade geindre sur son lit-, soit trop « distrayant » - Melé (Aïssa Maïga), dont le couple se déchire, crève l’écran, et le chaloupement de ses hanches témoigne si bien de la manière poétique et humaine dont Sissako traite ses personnages, qu’on regrette soudain qu’il ne nous conte pas l’histoire de cette femme. Car le réalisateur sait capturer le quotidien avec une grâce sereine - à tel point que le dispositif du procès en paraît parfois trop construit. Bamako reste un film à voir, pour la richesse inouïe des débats, l’éclat des images aux teintes poudrées de l’Afrique, très composées, ainsi que pour les discours de femmes fortes et sereines, à l’image d’une Afrique qui parle à la première personne.

 

Dorothée Fraleux

 

Bamako, Abderrahmane Sissako, Sortie en salle le 1er février

 








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