A l’heure où les stars de cinéma s’apprêtent à envahir Berlin, Dietmar Wunder , installé dans l’ultrachic café Einstein de Schöneberg, nous a livré avec passion les secrets de son métier: doubleur.
Le nom de Dietmar Wunder ne vous dit rien ? Et pourtant sa voix enchanteresse n’a pu que vous faire frémir dans Casino royale, le dernier James Bond. C’est en 1991 que Wunder a commencé le doublage, un peu par hasard, avec un rôle de bègue. Aujourd’hui, il dirige lui-même des synchronisations en tant que réalisateur et acquiert petit à petit une certaine notoriété auprès du grand public. Un bel exemple de réussite dans cette profession qui est avant tout un métier de l’ombre. Métier de l’ombre, certes, pourtant la synchronisation joue un rôle crucial dans le cadre de grandes productions. Ce fut le cas de Casino royale. « James Bond est un mythe. Le choix du doubleur est très vite devenu une question « politique ». Le casting a duré six mois ! Daniel Craig a une voix très grave, mais la production ne voulait pas calquer complètement son timbre de voix. Elle souhaitait également du charme, de la nuance.» Et du charme, Dietmar Wunder en a. Il faut l’entendre répéter avec un plaisir d’enfant : « My name is Bond, James Bond ». C’est donc lui qui a eu le rôle. « Tout a été très vite. Le doublage de mon rôle n’a duré que sept jours. En général, un doublage se passe de la sorte: les scènes sont coupées en take - en morceaux de quelques phrases. On écoute chaque take une fois puis, scénario en main, on se jette à l’eau, épaulé par un réalisateur et un technicien du son. D’abord, on essaie de coller le plus possible aux mouvements de la bouche de l’acteur, ce qui est parfois très difficile, par exemple « I want to marry you » et « Ich will dich heiraten » sont difficile à harmoniser... Une fois les difficultés techniques surmontées, reste l’interprétation! » Dans Casino royale, la scène la plus ardue à doubler demeure pour Wunder celle de la torture de 007, hurlant, nu comme un vers, encastré dans une chaise percée : « C’était très physique - même si je n’avais pas le droit de bouger à cause des micros ! » Les scènes d’amour aussi sont délicates : seul dans le studio ou aux côtés d’une partenaire pas forcément sexy… Ainsi, la scène où Craig est allongé sur sa compagne italienne d’un soir, notre doubleur l’a effectuée penché sur le dossier d’une chaise pour couper son souffle. Un de ses collègues français, Patrice Doumeyrou (voix de Lambert Wilson dans Matrix 2 et 3), n’éprouve pas de difficulté particulière dans les doublages de scènes amoureuses: « Moi j’embrasse ma main ! », dit-il avec le plus grand naturel. « Mais doubler une scène où l’acteur mange une pomme, et donc devoir parler distinctement la bouche pleine, ça c’est vraiment dur... »
Pauline Beaulieu