Initialement prévue pour le 8/8/06, renvoyée au 8/11/06, puis au 10/1/07, c’est finalement le 5/9/07 – si tout va bien - qu’aura lieu l’audience de Maxim Biller au Tribunal de grande instance de Munich. En 2003, son roman Esra s’était vu interdire suite à la plainte de son ex-copine et son ex belle-mère qui s’étaient reconnues dans les pages. A présent, mère et fille réclame en sus à Biller des dommages et intérêts à hauteur de 100 000 €. Que Biller ne se fasse pas de bile. Une centaine d’auteurs, acteurs, éditeurs et artistes allemands ont lancé l’action Über 100 Namen gegen 100 000 Euros. Il ne s’agit pas pour les signataires - parmi lesquels E. Jelinek et G. Grass – de juger de la qualité littéraire d’Esra, mais bien de défendre leur bout de gras.
Car tout artiste s’inspire de sa vie. Et donc de son entourage. Mais des limites « morales » s’imposent. Quand Biller, cynique, cite son ex dans Esra (« Je n’aimerais pas un jour me retrouver dans un de tes romans dans lequel tu raconterais comme je te montre mes seins »), on peut s’interroger sur les motivations de l’auteur. Idem pour Arnaud Desplechin qui, dans son film Rois et Reines se sert d’événements tragiques de la vie de son ex, Marianne Denicourt (la mort du père de son premier enfant, puis la mort du père de l’actrice). Cerise sur le gâteau, Desplechin fait signer par le père mourant une lettre de haine insensée à sa fille. Saisi par Denicourt pour atteinte à la vie privée, le TGI de Paris a débouté l’actrice. La France n’est pas pour rien le berceau de l’autofiction. Selon le TGI, Desplechin «a créé une œuvre de fiction qui ne saurait se réduire aux identifications alléguées en demande». Riposte : Denicourt a coécrit Mauvais génie, un livre dans lequel elle règle ses comptes avec Desplechin, alias Arnold Duplancher.
Il va mal le pays où les artistes n’ont rien de mieux à faire que de parler les uns sur les autres et d’eux-mêmes. Ainsi le parangon du nombrilisme et de l’autofiction, Christine Angot, Prix de Flore 2006. Victime d’inceste, Angot met en scène sa propre fille dans des scénarios d’inceste en écrivant : « Ces pages la détruisent mais qu’est-ce que j’y peux ? Mon père il bandait, qu’est-ce qu’il y pouvait? Je suis en train de la détruire... Que jamais elle ne lise ça, c’est une illusion. Bien sûr elle le lira. Même tard, ça la détruira, c’est comme ça. » Qu’est-ce qu’elle y peut Angot? Tout. Un écrivain n’est pas un enfant. Il a des responsabilités. Au moins sur ses écrits. Droit des artistes certes. Mais encore faut-il être un artiste.
*Céline Robinet, auteure, slameuse et traductrice, vit de sa plume à Berlin. Elle a publié son premier recueil de nouvelles:"Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!" au Diable Vauvert en 2005.