

Tous les journaux en parlent : après deux ans d’absence, Cookies est de retour, « back in town » comme il l’affiche lui-même. Un endroit mythique si l’on en croit le buzz créé par l’annonce de sa réouverture. 7e étape, 7e lieu pour ce club nomade où se sont déhanchés Jude Law, Kate Moss et Halle Berry et d'où s'est fait refoulé Kevin Spacey… Que se cache-t-il derrière ce nom et cette nouvelle façade ?
« Interdit de fumer », en français dans le texte. Voilà les mots qui accueillent le clubbeur en mal de sorties, les mardi et jeudi soir. Tout s’explique : c’est dans l’ancien Institut français de RDA que s’est réinstallé le "Cookies", une enseigne qui semble provoquer à la fois une nostalgie irrépressible et un enthousiasme irrésistible. Le soir de l’ouverture, des centaines de curieux sont venus découvrir sa nouvelle adresse, formant sous la pluie une foule quelque peu inhabituelle dans ce coin de Berlin, au croisement de la Friedrichstraße et de l’avenue Unter den Linden. Après de multiples déménagements, le club a trouvé son bonheur dans un immeuble typique de Berlin-Est - comprendre béton brut et formes sans fantaisie aucune… Le temps du luxe, du marbre qui recouvrait les murs de l’ancienne localisation semble loin, place au bois sombre. Ce décor austère n’a pourtant pas eu l’air d’attrister ni même d’influencer les noctambules, panorama représentatif de la nuit berlinoise : une foule bigarrée mais unanimement « stylée ». Dans le public, l’homme politique du parti vert Rezzo Schlauch, la chanteuse Inga Humpe, le metteur en scène Ralf Schmerberg… Tous ont fait la queue, célèbrités comme inconnus. Le mot d’ordre : « Freunde sind die besten Gäste », tous sont donc amis d’amis (voir plus !) du propriétaire. Une politique aux antipodes d’autres grands clubs, au public choyé mais ultra sélectionné.
Cookie, de son vrai nom Heinz Gindullis, s'est lancé en 1994, avec un bar installé dans la cave de sa propre maison, ouvert seulement le mardi. Le bouche-à-oreille est immédiat : les cocktails et les DJs plaisent, pas qu’un peu, et l’endroit devient in. L’ouverture d’un deuxième bar s’impose très vite, puis s’ensuit une série de déménagements à travers les quartiers de Mitte et de Prenzlauer Berg. L’installation est toujours éphémère, deux ans en moyenne. Car le propriétaire de ce club mobile a immédiatement compris le potentiel qu’offraient les bâtiments vides, les cages d’escalier glauques, les chantiers abandonnés de Berlin : des endroits inhabituels, créant l’ambiance parfaite, entre impertinence et authenticité. Vision à long terme, où le « cool » compte plus que le profit immédiat. Le club a donc suivi les évolutions de la capitale, quittant un lieu dès que celui-ci perdait sa particularité, son caractère étrange et surprenant. Ainsi du Postfuhramt de la Tucholskystrasse, peu à peu cerné par des restaurants plus ou moins chics et des squats qui n’en avaient que le nom ; ainsi de l’ancienne Reichsbank de l’avenue Unter den Linden, devenue une immense vitrine pour marques de voitures luxueuses. Une pincée de mystère - toute photo sera interdite pendant très longtemps, et son site internet est plutôt… obscur -, des groupes et des DJs choisis avec soin – au hasard : Tiefschwarz, The Chemical Brothers, The Rapture – et des toilettes unisexes, étonnamment propices aux rencontres… Et le tour est joué.
Mérité, le buzz ? A chacun d’en décider en se fondant parmi les noctambules de Mitte !
Aurore Peyroles
Cookies
Mitte, Unter den Linden/Friedrichstrasse
Les mardi et jeudi à partir de 22h