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Pour "stabiliser les relations" et faire passer les décisions de la direction, Peter Hartz, le DRH de Volkswagen a versé près de trois millions de pots de vin à des syndicalistes.


L’argent, nerf de la guerre, peut aussi acheter la paix. La paix sociale chez Volkswagen (VW) dont l’ancien directeur des ressources humaines, Peter Hartz, a été condamné jeudi 25 janvier pour corruption. Grâce à des aveux complets il n'écope que de deux ans de prison avec sursis et d’une amende de 576 000 euros.

En échange de pots-de-vin, pour un total de près de 3 millions d‘euros, des membres du conseil d’entreprise assurait leur soutien aux décisions de la direction, comme les rachats controversés des marques de luxe Bugatti et Lamborghini. Mais aussi la semaine de quatre jours ou certains plans de restructuration.

Bien que le modèle VW de cogestion représente un cas particulier, ce scandale, loin d'une simple affaire d'abus de confiance montée en épingle par la presse, donne du grain à moudre aux organisations patronales qui souhaitent limiter l‘influence des syndicats.

 

Il y a deux ans, l’ancien président de la fédération de l’industrie, Michael Rogowski, avait mis les pieds dans le plat en parlant d’une « erreur historique ». Depuis, les organisations patronales, BDI et BDA bille en tête, répètent que ce système de consultation des salariés ralentit le processus de décision et limite la réactivité des entreprises. Il découragerait aussi les investisseurs étrangers : lors de la fusion Sanofi-Aventis, l’entreprise avait choisi d’implanter son siège à Strasbourg plutôt qu’en Allemagne.

Le 31 août dernier, la Chancelière Angela Merkel avait pris la défense du système (dont on fêtait le 30ème anniversaire). De façon plutôt sibylline : « la cogestion est un élément essentiel de notre économie sociale de marché (…) mais elle doit être adaptée à la concurrence européenne et internationale. »

 

Belle aubaine que ce procès Hartz pour les détracteurs de la cogestion qui, par mauvaise foi, calcul ou ignorance, laissent croire que Volkswagen est l'exemple même de la Mitbestimmung (la participation des salariés). Fortement inspiré du modèle en vigueur en 1951 dans la sidérurgie (et qui ne concerne plus qu’une trentaine d’entreprises), il est en fait, d’après un spécialiste « largement dérogatoire au droit commun », c’est-à-dire à la loi de 1976.

De fait, le poids d’IG Metall y est sans égal, surtout avec 95% de salariés syndiqués. Peter Hartz, qui en faisait partie, avait même été nommé sur les conseils de Klaus Volkert. Ancien président du conseil d’entreprise, ce poids lourd du syndicat IG Metall était aussi vice-président du conseil de surveillance de VW. C'est justement lui qui a le plus profité de la corruption : il a palpé, entre 1994 et 2005,  la bagatelle de 1,9 millions d’euros en primes spéciales.

Cette interdépendance entre syndicats et management est plus poussée que dans les autres secteurs économiques où, par exemple, le directeur du Travail est désigné par le président du conseil de surveillance, lui-même nommé par les actionnaires. A l'inverse, ce directeur du Travail ne peut, chez VW, entrer en fonction sans l'accord des représentants du personnel.

 

Plus que les renvois d’ascenseurs, plus que le poids des syndicats, c’est peut-être la recherche du consensus coûte que coûte qui montre ses limites. En période de vaches maigres, les syndicats n’ont plus la possibilité de négocier des hausses de salaires ou l’amélioration des conditions de travail en échange de la paix sociale. Ils se bornent à donner leur aval aux plans de restructuration au prétexte de conserver quelques acquis. Pas de grève, pas d’épreuve de force, une acception résignée.

 

Damien Dubuc








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