

Un festival de films documentaires français contemporains en Allemagne, voilà qui a de quoi étonner ! Pas moins de 17 films (voir programmation dans l’agenda) seront présentés à l’Arsenal de Berlin, avant d’entamer une tournée dans tout le pays. Tous ont été sélectionnés par le rédacteur en chef de la bible de la critique cinématographique, Jean-Michel Frodon des Cahiers du cinéma. Vaste panorama du film documentaire, état des lieux du genre, dans toute sa diversité.
Diversité des sujets, des méthodes, des projets. Le fil conducteur du cycle présenté ? « Le hasard. Mais un heureux hasard », avoue Jean-Michel Frodon. Un goût personnel donc, mais assez large pour que tous s’y retrouvent. « Chaque dispositif est si singulier que l’étiquette documentaire semble ne valoir que comme prétexte à présenter des films que nous croyons passionnants… » S’y côtoient des grands noms du cinéma, comme Chantal Akerman et Claude Lanzmann, et de nouveaux venus qui ont convaincu. Des réalisateurs « qui récuseraient l’appellation “documentariste” » et d’autres « qui la revendiquent fièrement. » Certains se placent au cœur de leur film, d’autres s’astreignent à une extrême discrétion.
Mais tous engagent une réflexion commune. Sur le genre même du documentaire d’abord. « Il y a un paradoxe à présenter une semaine “documentaires” des Cahiers du cinéma. Paradoxe parce que ce journal, depuis ses débuts, a contesté la division du cinéma entre fiction et documentaire. », rappelle son directeur actuel. « Bazin, Godard ont insisté sur la nature toujours documentaire du cinéma de fiction, et sur la teneur en fiction de tout documentaire. » Une réflexion sur le rapport entre une intimité et le monde, ensuite. Chaque réalisateur lie une interrogation personnelle, un « Je », à l’actualité et à l’histoire de tous. « Ensemble, par leur mise en scène autant que par leur sujet, il me semble que les films dessinent un périmètre fécond où vivent et échangent entre elles les réflexions sur le rapport contemporain au monde réel, le rapport à ses représentations, le rapport aux histoires. Ce programme a pour but d’aider à comprendre un peu mieux notre monde. », dixit Jean-Michel Frodon.
La preuve par une petite plongée dans la programmation. Ce qui frappe, c’est l’ampleur des thèmes abordés : l’Histoire et ses conséquences présentes, le système judiciaire et ses erreurs, les campagnes françaises et leurs espaces vides. Nos préférés ? Le film de Depardon, qui nous projette dans le quotidien d’un tribunal : un documentaire qui dit beaucoup sans que n’intervienne jamais un commentaire en voix off. Et No Pasaran de Henri-François Imbert : quelques cartes postales égarées découvertes par hasard, photos de réfugiés républicains espagnols à leur arrivée en France, points de départ d’une quête. A la recherche des cartes manquantes, des Pyrénées au camp de Sangatte, le réalisateur conjure l’oubli.
Pari réussi donc pour cette sélection : tous ces films, légers ou graves, consacrés au présent ou au passé, à une personne ou à une collectivité, témoignent d’une vision du monde, d’une inventivité enthousiasmante. Le documentaire a encore de beaux jours devant lui !
Aurore Peyroles
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