L’impérieux Edmund Stoiber qui, à 65 ans, est le plus vieux chef de parti et ministre président allemand, présente ses premiers signes de faiblesse. Ne pouvant ignorer plus longtemps les préoccupations de sa cour comme de ses sujets, celui qui espère se battre « pour le succès de la Bavière et de la CSU » jusqu’en 2013, a annoncé lundi soir, à la suite d’une des réunions à huis clos de la CSU à Wildbad Kreuth (Bavière), qu’il « souhaitait mais ne devait pas » se présenter candidat de l’Union chrétienne sociale (CSU) pour les élections 2008 du Parlement de Bavière. Puis, manigance ou non, il a invité hier les 123 députés CSU du parlement bavarois à voter sur le décalage de novembre à septembre prochain du Congrès de la CSU lors duquel le parti des « 50% et plus » choisira son candidat de campagne officiel. Fin de règne misérable ou stratégie d’un homme d’expérience afin d’apaiser les critiques ?
Toujours est-il que ces intrigues autour d’Edmund Stoiber qui, depuis 14 ans est ministre président de la Bavière et depuis 8 ans chef de la CSU, génèrent une crise profonde de la CSU, tenante de l’ordre établi du land bavarois depuis des décennies. « L’impensable devient pensable », commente Claudia Roth, co-présidente des Verts allemands et chef de son parti au parlement bavarois. « Si le SPD, le FDP et les Verts se rallient, ils auraient des chances de rejeter la CSU dans l’opposition. »
Tout a commencé le 18 décembre. Une élue locale de la CSU, Gabriele Pauli, accuse Stoiber d’avoir laissé espionner sa vie privée par un de ses proches collaborateurs. Le chef de la CSU devra alors se séparer de son chef de cabinet, Michael Höhenberger. Seulement, sa rivale ne s’arrête pas là : elle demande la retraite de Stoiber ainsi que la consultation des membres du parti sur le choix du candidat de la CSU pour les élections régionales de 2008.
Tandis que certains courtisans recommandent au grand chef d’assurer souverainement sa succession, la déstabilisation des sujets bavarois est flagrante : 64% des électeurs se seraient prononcés contre le renouvellement de la candidature de Stoiber ; 29% seulement y seraient favorables – 49% parmi les membres de la CSU (1). Et depuis le début du séminaire de Wildbad Kreuth, le 8 janvier, on imagina même un « putsch », avec Horst Seehofer, vice-président de la CSU et ministre allemand de l’Agriculture dans le rôle du nouveau chef de parti, et Günther Beckstein, l’actuel ministre bavarois de l’Intérieur dans celui de ministre président.
Les Allemands se sont d’abord amusés des péripéties de la CSU : Stoiber allait-il s’en sortir ? Mais le silence des chrétiens-démocrates (CDU) a finalement révélé le sérieux de l’affaire. Les caprices de la CSU pourraient bien ébranler la CDU. Car aucun des deux partis siamois ne peut s’imposer sans l’autre : la CDU a besoin de la CSU pour avoir la majorité et, sans la CDU, la CSU ne serait qu’un parti régional. Bref, le drame qui se déroule actuellement au fin fond de la Bavière pourrait bien chambouler le rapport des forces politiques au niveau fédéral. Mais cette fois, pas forcément à l’avantage des Bavarois.