

Voilà 15 ans que Dominique A nous ravit avec ses disques innovants, ambitieux, beaux et intimistes, mêlant l'héritage des anciens (Brel, Barbara) et l'amour du rock. A 37 ans, il sort son septième album ; qu'il présente comme « la somme de tous les autres »
par Nicolas Jeanneté
On a dit de lui qu’il était à l’origine du renouveau de la chanson française, et chef de file d’une vision de la musique « minimale et mélancolique ». Dominique A est avant tout un artiste complet, à l’attitude sobre, auteur de chansons ancrées dans la réalité, intimistes, pop, aux accents rock, où son ton grave sert une voix sensuelle. Avec quinze ans de carrière derrière lui, sept albums à son actif sans oublier les très nombreuses collaborations, le Nantais, Bruxellois d’adoption, nous offre un nouvel album dans lequel écriture et interprétation ont gagné en intensité. On retrouve les ingrédients caractéristiques de sa musique : le spleen dépouillé de ses artifices, la sobriété des mélodies.
Tout commence par une pluie tiède, fine et ventilée dans les cordes du piano. Et puis cette voix, reconnaissable entre mille, qui brise d’emblée la glace avec un tonitruant chant de marin, «L’Horizon » (dont il a tiré le titre de ce nouvel album). À la langueur succède la houle, des éclats de piano s'enroulent autour de guitares rock, des cuivres grondent derrière les grincements de machines avant d'exploser au final.
Suite parfaite au prodigieux « Tout sera comme avant », « L'Horizon » a été épuré de tous ses éléments superficiels pour entrer en communion directe avec les sentiments et les émotions de l'auteur. Retour aux sources donc pour Dominique A avec des chansons plus directes, plus intimes, plus classiques, plus dépouillées, mais sans rien lâcher pour autant de ce qui fait sa force et son talent.
Car même s’il renonce au grandiloquent, ne croyez pas pour autant que ce septième album tombe dans la banalité : il y a toujours une mélodie entraînante, une poussée lyrique, pour venir bousculer cette intimité troublante.
Certains lui trouveront donc, peut-être, moins d’originalité que ses prédécesseurs dans lesquels les arrangements (trop ?) luxuriants avaient été confiés à Gekko - un collectif d’artisans modernes responsables déjà du splendide « L’Imprudence » de Bashung. Ce septième album distille subtilement sa mélancolie et trompe son monde par des détours discrets.
Dominique A y endosse à nouveau sa panoplie d’auteur-compositeur-interprète et ouvre sa porte à une chaleureuse bande d’instrumentistes comme l’excellente pianiste Laetitia Bégou ou ses trois frères d’armes : le guitariste Olivier Mellano, le batteur Sacha Toorop et le producteur Dominique Brusson. Au final donc onze titres d’un lyrisme totalement assumé (cuivres, clarinettes, claviers, contrebasse) qui s’exprime autant dans l’ampleur (les cinglants L’Horizon, La Relève et Retour au quartier lointain) que dans la retenue (les magnifiques Par l’ouest, Music Hall et Rue des Marais).
Côté texte, Dominique A emprunte les lignes de fuite que lui offre l’horizon : on part en mer sur un baleinier, on passe une frontière, on roule à tombeau ouvert dans un camion. Des histoires de vies... des clins d’œil (« La pleureuse » aux accents rock planants et ironiques), des histoires de voyages (« Retour au quartier lointain... »). Pourtant peu porté sur le nombrilisme, Dominique A a tout de même pris le risque d'un texte autobiographique, la très belle « Rue des Marais », qui traite d’un premier amour-né. Des chansons donc qu’il faut se repasser en boucle pour s’imprégner de son univers baroque. Le fantôme de Jacques Brel n'aura jamais été aussi palpable. Alors, même si ce nouvel album n’est pas révolutionnaire et reste dans la pure lignée de Dominique A, replongeons-nous dans l’atmosphère tantôt bucolique, tantôt distanciée d’un chanteur mature, qui est parvenu avec ce septième album à nous présenter une belle synthèse de son parcours et de sa maîtrise musicale.
« L’Horizon » Le Pop/Groove Attack
En tournée en Allemagne : 18.01. Aachen, Jakobshof, 20.01. Bremen, Junges Theater, 21.01. Hamburg, Uebel & Gefährlich, 22.01. Berlin, Glashaus, 23.01. Leipzig, Nato, 25.01. Erlangen, E-Werk, 26.01. Frankfurt, Brotfabrik, 27.01. Köln, Stadtgarten
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