
Françoise Cactus a deux points communs avec Nana Mouskouri : les lunettes et le répertoire polyglotte. Mais la comparaison s’arrête là. La Française est beaucoup plus drôle pour ne pas dire irrésistible et la musique de Stereo Total, bien déjantée, est à des années lumières de celle de la chanteuse grecque.
Ça n’est pas pour rien que la compilation du groupe franco-allemand qui sort à la mi-février s’appelle « Party anticonformiste » tant la musique de Françoise Cactus et Brezel Göring –comme leurs noms de scène – reste inclassable.
Stereo Total est un pur produit du biotope underground kreuzbergien où le couple a fait ses classes avant de se rencontrer dans la rue, il y a quatorze ans. Françoise, elle, avait débarqué en 1985 à Berlin. Une « Trümmerfrau » la sauve des rigueurs de l’hiver berlinois en lui offrant un manteau en astrakan : « C’était une période géniale même si la vie quotidienne pouvait être bien glauque. Tout était possible. J’ai vu le groupe « Geniale Dilettanten » sur scène et je me suis dit que moi aussi je voulais devenir musicienne. On a répété trois fois et on a commencé à donner des concerts ».
Après leur rencontre, Françoise et Brezel abandonnent leurs groupes de « Garagenrock », les « Lolitas » pour elle et « Sigmund Freund Experience » pour lui. Stereo Total est né. La compilation qui sort prochainement regroupe 24 morceaux sélectionnés après des engueulades homériques et qui ont marqué les dernières années du groupe. Ils sont classés en quatre catégories : chanson, eighties-electro, rock’n roll et disco. « J’aime pas trop les Best-of car ça veut dire qu’on est au bout du rouleau. Mais on va bientôt sortir un nouvel album donc on est pas mort », assène Françoise Cactus qui rien de rien, ne regrette rien : « Je ne comprend pas ces chanteurs qui me disent « j’ai honte de mon dernier album » ou qui renient des choses qu’ils ont faites. Moi, j’ai jamais eu honte de quoi que ce soit. Même les trucs les plus pourris des Lolitas, si le public les demande, je les joue ».
Il n’y a qu’à Mitte où Brezel et Françoise s’étaient exilés que les regards de la faune branchée avait dérangé la Française. «Je me promenais parfois avec les cheveux gras, habillée vite fait et je me trimbalais avec des sacs plastique. Les gens se retournaient en me reconnaissant en pensant que j’étais finie ». Ils trouvaient le quartier trop yuppie et ennuyeux et sont revenus à Kreuzberg. Là, autour de la Oranienstrasse, l’ex-Bourguignonne aristo née van Hove à la Grenouillère (sic), retrouve la vie de village, le côté Trash de l’ex-SO 36 en plus.
Car, à la ville comme à la scène, Françoise Cactus et Brezel Göring constituent de purs produits du Berlin underground. « Si j’étais restée en France, je ferais sûrement une musique très différente. J’ai été marquée par la Neue Deutsche Welle et par toute cette musique minimaliste. Et puis, comme on se produit souvent à l’étranger, j’évite les choses trop sophistiquées ». Stereo Total tourne aussi en France mais finalement moins que dans d’autres pays. Y retourner ? « On a passé un hiver là bas pour voir ; on a trouvé ça tellement déprimant. » Françoise Cactus ne se sent ni française, ni allemande « Dans ma tête, c’est souvent un méli-mélo des deux langues. Sur un pense-bête, j’écris : ‘Beim dentiste anrufen’».
Mais qu’elle le veuille ou non Françoise Cactus reste la Française de service avec son accent que les Allemands adorent ou critiquent. « Beaucoup croient que j’en fais trop, mais j’ai le même accent en privé ». Et la Française la plus connue de Berlin de déclarer en éclatant de rire : « L’ambassade devrait me payer pour tout ce que je fais pour la culture française ! »
Pascal Thibaut
Voir aussi:
>> Dominique A : l’âge de la maturité
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