
Le Parlement européen à Strasbourg : métaphore grandiose de la bureaucratie européenne voire de l’arrogance française ou emblème intangible de la réconciliation franco-allemande ?
Comme tous les mois, c’est le même cirque. Le vendredi précédant la session plénière du Parlement européen (PE), huit camions assurent l’acheminement du matériel des fonctionnaires européens de Bruxelles à Strasbourg. Puis, dans la nuit du samedi au dimanche, une trentaine de déménageurs distribue le matériel audiovisuel et d’interprétariat ainsi que les 3500 cantines des fonctionnaires européens dans les bureaux du Parlement. Le tout avec grande discrétion, afin que le lundi, les eurodéputés puissent commencer la session plénière « mine de rien ». Comme si l’écartèlement du PE entre trois villes ne les affectait point.
Car si le siège du PE est à Strasbourg, seules les sessions plénières (3,5 jrs/mois) et la session budgétaire ont lieu dans le bâtiment Louise Weiss posé au bord de l’Ill. Pour les commissions parlementaires (2 sem./mois) et réunions de groupes politiques (1 sem./mois), les fonctionnaires se réunissent à Bruxelles dans un bâtiment non moins somptueux et proche des sièges de la Commission et du Conseil des Ministres. Quant aux 3500 fonctionnaires du secrétariat général du PE (services administratifs), eux travaillent à Luxembourg.
Et chaque mois, pour 200 millions d’euros par an, ce petit monde transite vers Strasbourg. C’est le prix de la ville symbole de la paix en Europe. Un investissement nécessaire, comme celui dans le multilinguisme des institutions européennes, ou un défi inutile à la logique, l’économie et l’écologie ?
Alors que la France semble tenir au siège strasbourgeois du PE, ne serait-ce que « par principe » et profite de son droit de veto sur la question, l’Allemagne se montre plus partagée. Il faut dire qu’elle-même se trouve confrontée au dilemme navettes/déménagement avec l’éparpillement de son gouvernement entre Bonn et Berlin. Et si les libéraux allemands du FDP ont activement participé à la pétition en cours pour le regroupement du PE à Bruxelles (1), près de l’exécutif européen, le président allemand du groupe socialiste, Martin Schulz, demandait en mai 2006 la fin de ces vains débats arguant du fait que l’Union n’étant pas un Etat souverain, les eurodéputés devaient se contenter de respecter les Traités.
Bizarrement (ou non !), personne n’a pour l’instant pensé aux bâtiments administratifs vides de Bonn, alors qu’avec l’arrivée des nouveaux Etats-membres, le centre de gravité de l’UE se déplace doucement vers l’Est…
(1) www.oneseat.eu
Charlotte Noblet
Voir aussi:
>> L'angoisse de la panne
>> France-Allemagne : les fruits de la discorde
>> La Présidence de l'Europe, c'est quoi au juste ?
>> La relation franco-allemande: un moteur gripé ?
>> Deux pays, deux conceptions...