25 mars 1957 : la signature du Traité de Rome marque les retrouvailles de la France et de l’Allemagne au sein d’un ensemble européen. Créer une « union sans cesse plus étroite » et « assurer le progrès économique et social » sont les objectifs officiels proclamés dans le Traité de Rome. Ce consensus de façade cache pourtant des ambitions franco-allemandes plus divergentes en coulisses.
Après la défaite, la RFA d’alors est en quête de réhabilitation. La construction européenne doit lui assurer paix et prospérité, mais aussi créer une identité nouvelle, non corrompue par le nazisme. Pour la France, l’objectif est tout autre. Il s’agit de construire un ensemble puissant, « une alternative aux deux blocs de la guerre froide » selon Jakob Vogel, historien spécialiste des relations franco-allemandes au centre March Bloch. Un ensemble puissant qui exigerait la création de liens forts en vue d’une réelle union politique.
Point de tension entre les deux pays : les relations transatlantiques du futur ensemble. Pour concilier visions française et allemande ce sont pourtant bien les Etats-Unis qui interviennent. Réarmer la RFA et unifier l’Europe est en effet une priorité pour les Américains. Il faut faire de la région un front solide face à l’URSS. Sans cette pression américaine, l’Union Européenne n’aurait ainsi peut-être jamais existé…
C’est un point de vue qui a du mal à passer en France, où l’on reproche souvent à l’Allemagne son atlantisme. « Nous sommes les petits-enfants des Etats-Unis, on ne peut pas être antiaméricain » se défend Ulrike Guérot, spécialiste de l’UE au German Marshall Fund. La RFA doit en effet toute sa reconstruction à l’aide américaine…
Ces deux visions divergentes de l’Europe ont marqué la politique européenne des deux pays jusqu’à aujourd’hui. Autre point divergent : la concrétisation de l’Europe politique. Jakob Vogel évoque une sorte de contradiction dans la politique européenne de la France : rejet du projet de communauté de défense européenne (CED) en 1954 ou vote contre la Constitution en 2005 seraient ainsi le signe qu’une grosse partie des Français a du mal à accepter l’Europe politique.
La position de l’Allemagne, toujours prête à faire des transferts de compétences à Bruxelles depuis 1957, a cependant changé depuis quelques années. Berlin remet au centre ses intérêts nationaux, notamment sur l’énergie. Une évolution qu’Ulrike Guérot dénonce énergiquement, en se plaignant d’une… « francisation de la politique européenne de l’Allemagne ».
Jean-Baptiste Chastand
Voir aussi:
>> L'angoisse de la panne
>> France-Allemagne : les fruits de la discorde
>> Les transhumés du PE
>> La Présidence de l'Europe, c'est quoi au juste ?
>> La relation franco-allemande: un moteur gripé ?
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