
Das Leben der Anderen, sacré meilleur film européen et couronné par le prix du meilleur scénario et du meilleur acteur européen pour Ulrich Mühe lors des European Film Awards de Varsovie en décembre dernier, est nominé aux Oscars 2007. Il sort en France le 31 janvier. Ulrich Mühe, disponible et agréable à une table du café Savigny, nous parle de « La vie des autres », et de sa vie en ex-RDA.
Vous avez-vous-même été suivi par la Stasi, l’aviez-vous remarqué?
Non, mais on vivait avec la conscience que partout, des gens travaillaient pour la Stasi. Mais c’est en lisant mon dossier dans les archives de la Stasi que j’ai définitivement dit adieu à ce régime. J’ai été très surpris qu’il débute dès mes études. J’ai surtout été choqué de trouver mon nom sur une liste de personnes qui auraient été internées dans un camp en cas de guerre civile… Que ce soit allé aussi loin…
Etre acteur dans une dictature, que cela signifiait-il pour vous ?
Dans une dictature, l’art n’a pas la même fonction que dans les sociétés démocratiques. Quand il n’y a pas de journaux et que les radios sont pilotées d’en haut, il ne reste que l’art pour parler aux gens d’eux-mêmes et de leur réalité. Par exemple, quand on a mis en scène Egmont de Goethe, pièce qui se déroule dans une Belgique occupée par les troupes espagnoles, le lien avec la présence des troupes soviétique en RDA était clairement sous-entendu… A la fin, Egmont, agonisant, appelle la population à se battre pour la liberté. J’ai dit au metteur en scène que je ne pouvais pas exhorter les gens à descendre dans la rue. Moi, j’étais connu, donc si je me « rebellais », on n’allait pas se débarrasser de moi aussi facilement. Mais pour un quidam, ça pouvait aller très vite… On a donc fait en sorte que le personnage soit victime d’une crise cardiaque et qu’il parle comme en rêve, comme un dernier espoir et non un appel à la mobilisation. Je ne voulais pas prendre la responsabilité de risquer la vie des gens.
Avez-vous eu parfois la sensation de pousser le bouchon trop loin ?
En improvisant sur scène, je jouais parfois un jeu dangereux. Dans Le marchand de Venise, j’interprétais le rôle d’un bouffon qui veut partir de chez lui. Pendant son monologue, j’ai construit sur la scène un petit mur puis j’ai regardé de l’autre côté en disant : « Je rejoins les autres ou je reste ici ? » Ensuite, j’ai énuméré les artistes et les sportifs qui ne sont jamais revenus de leur voyage à l’Ouest. A la fin, mon intendant m’a mis en garde: « Tu sais que ce que tu viens de faire ne va pas rester sans suite... » C’était amusant de voir jusqu’où je pouvais aller... Grâce à la notoriété, je pouvais me permettre l’insolence. Je ne voulais pas décevoir les gens qui venaient au théâtre dans l’espoir d’entendre une contre-vérité.
Que souhaitez-vous que l’on retienne de « La vie des autres » ?
En tournant, j’ai pensé aux 17 millions de personnes concernées, je souhaite qu’en voyant le film, elles se disent: « Tschüss, c’est fini, tant mieux! » Car ces dernières années, la manière de présenter la RDA à la télé ou au cinéma, c’était plutôt: « Oh, c’était marrant et mignon toutes ces Trabis...”. C’est malheureusement une déformation complète de la réalité.
Propos recueillis par Jennifer Semet
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