Qu’on ne s’y trompe pas. Tourner Hitler en dérision n’a rien de nouveau. Il suffit de surfer sur Youtube : Adolf et Eva se souhaitant chastement bonne nuit sur la musique de La croisière s’amuse, Adolf s’extasiant en secret sur une cigarette américaine sur l’air de Drôle de dames, Adolf dans sa salle de bain pour une séance de rasage ratée au son de L’agence tout risque, le clip de Walter Moers, Ich hock auf meinem Bonker,dans lequel Hitler joue avec des canards dans sa baignoire… La toilette semble récurrente dans le persiflage du tyran - et Dani Levy n’y coupe pas. Bourdieu dirait: bien sûr, dans nos cultures l’humide est lié au féminin, donc la salle d’eau féminise Adolf, le fragilise… voire l’affaiblit, le ridiculise – la sémantique est fertile. Ce n’est pas pour rien si la photographe américaine Lee Miller (dont le Kunstmuseum Wolfsburg consacre une exposition jusqu’au 21 janvier), après s’être introduite en avril 1945 dans l’appartement privé d’Hitler à Munich, s’est fait photographier, nue, dans la baignoire de la minuscule salle de bain du Führer.
Alors pourquoi cette polémique autour de Mein Führer? Les uns critiquent son intention (« Faire rire avec Hitler! »), les autres sa facture (« Le film est nul. »). La FAZ note qu’en France, il n’y a pas de comédie sur Pétain ou sur la colonisation. Le journaliste conclue : pour les Français, l’histoire reste une tragédie.
Pourtant, oui, on peut railler les tyrans. La presse, unanime, rappelle Jeux dangereux de Lubitsch et Le dictateur de Chaplin. Or Le dictateur date de 1940. Dans sa biographie, Chaplin affirme que s’il avait connu à l’époque l’existence des camps de concentration, il ne l’aurait pas tourné. Intéressant. Ce qui à la lumière de l’Histoire semble être de la clairvoyance et du courage n’était en réalité qu’une « guignolade de l’info ».
Comme je le rappelais dans ma 1ère chronique, le Duden définit l’humour comme la capacité à se confronter avec une désinvolture enjouée à la médiocrité du monde et de l’humanité. Selon cette définition, Dani Levy a raison. Peut-on rire d’Hitler? Oui. On le doit.
Une personne reste à plaindre : Helge Schneider. Il ne se reconnait pas dans le film. Interviewé par Die Welt, il avoue qu’il n’avait pas envie de se couper les cheveux pour le rôle - leur longueur semblait lui tenir à cœur : « A l’époque, c’est pour ça que je ne voulais pas faire l’armée! » Ironie de l’histoire. Il les a quand même coupés. Pas pour l’armée. Mais pour Hitler.