
Voici un film générique à double titre. Le générique – long de 21 noms derrière et trois fois plus devant la caméra - suffirait à remplir un papier critique à lui tout seul. Mais surtout un film générique dans sa conception : un produit à ranger davantage du côté de la recette à succès que de l’élaboration d’une œuvre cinématographique cohérente.
Imaginez : Trois jeunes producteurs à la recherche du coup de leur carrière se creusent les méninges. Eurêka ! Les arrondissements de Paris vus par une 20aine de cinéastes du monde entier, avec un max. d’acteurs à l’écran, stars américaines et françaises confondues. Un long long-métrage (2h) respectant la courbe décroissante de la capacité de concentration du spectateur moyen grâce à sa segmentation en 18 mini-saynètes de 5 minutes, aussi diverses (comprenez « disparates »), que ludiques (pensez « gadget »), sur un rythme enlevé (un vrai marathon). Bref, pas le temps de s’ennuyer ! Un film attrape-tout sachant autant séduire un public international large - auprès duquel « la ville des lumières » et « Gérard Depardieu » demeurent des plus-values imbattables (symptomatiquement, et de l’aveu même des producteurs, les cinéastes étrangers montrèrent plus d’enthousiasme que leurs confrères français) - qu’un public plus averti et local pour qui les noms d’Assayas, de Podalydès ou de Van Sant suffiront à légitimer le prix du ticket. Il faut dire qu’il y a du beau linge : Steve Buscemi, Natalie Portman, Juliette Binoche, Gena Rowlands, les frères Coen, Tom Tykwer … Couronnez le tout d’un titre aussi kitsch que « Paris je t’aime » (« Berlin, Ich Liebe Dich » serait-il moins porteur ?) et le tour est joué. Oh, et n’oubliez pas de vous associer à Claudie Ossard (la productrice d’Amélie Poulain), pour son savoir faire et le label « Paris Eternel Lucratif » .
Pas étonnant qu’il ait fallu 80 essais au montage avant de parvenir à la version définitive. Car Paris je t’aime souffre d’une absence fatale de concept, au-delà du défi quantitatif - le nombre de participants - et de la précision du cahier des charges - un tournage de 2 jours et 2 nuits. Résultat : pas un film, mais une collection de mini-films, un fourbi dans l’air du temps, avec tout ce que notre époque charrie de cuisine « fusion », de pensée gadget et de culture amuse-gueule
L’avantage du genre est tout mathématique : parmi 18 films devrait bien s’y trouver quelques réussites. Le hic est qu’en la matière, le quota est maigre. Le court prête le flanc à bien des écueils (originalité à tout prix chez Natali ou Suwa, idéologie de la chute quasi omniprésente, flagrante chez Tykwer), Paris à bien des clichés. Meilleurs sont ceux qui prennent le cliché à bras le corps pour mieux s’en jouer (le pugilat des Tuileries chez les Coen, le 14ème arrondissement de Payne) ou bien s’en éloignent tout à fait. Quatre beaux éclats singuliers détonnent dans le foutoir ambiant. Deux Français, Podalydès et Assayas, l’Américain Gus Van Sant et le Brésilien Walter Salles ont su s’affranchir du syndrome du petit coup monté pour nous concocter un moment unique de leur meilleur cinéma.
Paris je t’aime, sortie le 25 janvier
Nadja Vancauwenberghe
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>> Les Arpenteurs du monde - traduction
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