imprimer   03.09.2010 
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46 euros. Voilà ce qu’il vous en coûtera d’aller voir Apollo und Hyacinth chorégraphié par Ismael Ivo au Bodemuseum. Pourtant, d’habitude, Berlin a ça de bien : l’accessibilité de son offre culturelle. Les organisateurs ont-ils cette fois fixé le prix de manière inversement proportionnelle à l’âge qu’avait Mozart en composant cette œuvre (onze ans) ? Ou en fonction de la distance du pays d’origine du chorégraphe (Brésil) ? Ou encore en proportion inverse à la date d’ouverture du Bodemuseum (le 17 octobre) ?

 

46 euros. D’autant plus drôle alors de voir le gratin berlinois en costume cintré, bijoux et fourrure, assis sur les escaliers du foyer du musée en attendant le début du spectacle, comme des punks avant un concert. Mais chut, voilà qu’on nous fait entrer dans la Basilique. Au milieu, une scène allongée recouverte de pelouse comme un terrain de mini-golf terminé par un podium blanc. De part et d’autre, quatre rangées de chaises. Pour nous, le public. Christoph Hagel, le chef d’orchestre, pointe sa baguette comme un maître d’école. C’est parti. Les chanteurs, en noir, et les danseurs, en blanc, débutent un magnifique jeu d’échec. Le jeune Hyacinth (Christian Schwaan) - visage d’ange et boucles blondes  - incarne à la perfection le « Knabe », contrepoint efficace au sculptural corps d’ébène d’Apollo (Ismael Ivo). Puis la première émotion surgit : dans un silence absolu, Apollo et Hyacinth s’apprivoisent, doucement, puis Hyacinth, espiègle et timide, offre une brindille d’herbe à Apollo, suivi d’un batifolage ingénu dans la pelouse. Quelques arias plus tard, c’est de nouveau le silence, comme le bruit retourné à l’envers : Hyacinth et Apollo, les dents plantées dans une seule et même pomme, échangent un baiser d’une rare sensualité, Apollo semble dévorer la bouche de Hyacinth derrière le fruit.

 

Mais le libretto a été écrit par un père Bénédictin du 18e. L’homo-érotisme était trop fort. Il fallait une punition : la mort. Très subtile. Une simple étoffe rouge glissé le long du cou de Hyacinth. Pendant l’agonie, Apollo extrait de la bouche de son amant un long morceau de tissu pourpre qui n’en finit pas de sortir de sa gorge, comme un magicien tragique.

 

Moi, à l’opéra, je déteste quand les gens applaudissent sans raison, couvrant la dernière note de musique – alors qu’il faudrait exprimer son émotion par le silence. Mais là, j’avoue, tout à coup je me suis surprise à frapper dans les mains, spontanément, très fort, comme une gosse. 46 euros pour retomber en enfance. N’hésitez pas, ça fait juste dix paquets de clopes!





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