
C´est son deuxième hiver à Berlin et Antoine apprécie le brutal changement de saison. Il fait nuit à 16h30, mais qu´importe ! Rendez-vous est pris dans son quartier de prédilection, Friedrichshain. A 22 ans, Antoine passe un double diplôme franco-allemand d´ingénieur informatique et vit sa vie berlinoise à plein temps.
Les cheveux blonds ébouriffés, les yeux bleus qui pétillent…Antoine est un peu surpris qu´on s´intéresse à lui mais se raconte volontiers. Emblématique de la génération "Auberge Espagnole", son intérêt pour l´Allemagne n´est pas récent. « Mes grands-parents sont alsaciens et parlent allemand mais je ne sais pas si c´est ca qui m´a déterminé ». Sourires. A Rennes, le jeune homme était inscrit au lycée franco-allemand. La langue et la culture germanique ne lui posent donc aucun problème. Et quand il a eu l´opportunité de faire des études à l ´étranger, tout naturellement Antoine a choisi l´Allemagne. « J´avais déjà fait un stage de deux mois á Tübingen, une ville très chic mais assez étudiante. Pour un stage, ok, mais pas pour y rester ».
Ce sera donc Berlin, ville qu´il ne connaissait qu´en touriste de passage chez un ami… en Erasmus. « Mon pote habitait à Charlottenburg, moi je suis à Frankfurter Tor, c´est pas du tout le même style ! Et puis en touriste, on ne voit pas les mêmes choses. Je me rends compte maintenant à quel point c´est mieux ! ».
Ses débuts dans la capitale, Antoine s´en souvient comme d´une grande aventure. Son échange universitaire dure deux ans : « La première année, avec les cours qui commencent, t´es un peu perdu. » Son inscription à la Technische Universität est kafkaïenne. De responsables partis à la retraite en cours choisis au hasard, de sombres histoires de catalogues de cours aux livrets « explicatifs » de plus de cent pages, Antoine tire une conclusion: « Quand t´arrives et que tu n´es pas Erasmus, c´est plus compliqué ! ». Sa recherche d´appartement prend aussi des allures de parcours du combattant. Le jeune Francais découvre le monde merveilleux des castings de colocation, réuni avec six « concurrents » dans une petite cuisine à attendre l´interrogatoire du colocataire-censeur : « C´était vraiment bizarre ! Finalement, une amie m´a dit qu´une place se libérait dans sa coloc´ et l´affaire était faite ! » Antoine habite alors avec deux Allemandes, l´occasion pour lui de se frotter de près à un nouveau mode de vie. Et de vérifier la véracité de certains clichés. « Au début, leur rythme de vie m´a frappé. Manger à six heures par exemple. Et puis, c´est vrai qu´au niveau nourriture…ah, la Wurst ! », rigole-t-il. Avant de souligner qu´au fond, l´Allemagne, ce n´est pas si dépaysant.
Un seul point l´inquiète : la frénésie berlinoise de rénovation. « Même le Schokoladen, ils veulent le rénover ! », s´exclame ce spectateur assidu de concerts et de festivals de rue. « En un an, j´ai vraiment vu la ville changer et pas forcément dans le bon sens. J´adorais la vue de cette friche entre Ostbahnhof et Warschauer Strasse et c´est fini, les travaux sont allés hyper vite. Quand je regarde mes photos de l´an dernier…Ca me fait bizarre. »
Sonia Gonzalez