Cinq ans. Cinq ans que 52 exégètes planchaient dessus. Ça y est, la BGS (Bibel in gerechter Sprache) vient de sortir.
Rien à voir avec la BD de la bible en langue des jeunes où Jésus était « mon brother » et trouvait ça super cool de se faire buter la gueule, à droite et pis après à gauche. Ou encore, puisqu’il vaut mieux faire du lobbying tôt, avec une bible racontée aux enfants où Jésus et les apôtres seraient remplacés par Blanche Neige et les sept nains.
Non, le but de cette « bible en langue juste » est d’en terminer avec les injustices liées à la traduction. Quid par exemple du « supposé » antisémitisme biblique ? Est-il inhérent au texte original ou est-ce un problème d’interprétation ? Le Sermon sur la montagne par exemple, où le fils de Dieu est censé s’opposer au judaïsme, devient dans la BGS un simple commentaire de la Torah. Moi, je suis vachement contente qu’un type aussi vieux que Jésus soit encore capable de réfléchir et de changer d’avis. Quant à la misogynie dans la Bible (voir l’ouvrage du juriste Günther Rudolf Das vergessene Gebot, wie Gott unterdrückt die Frauen) : alors que Herr (le seigneur – pas de féminin en français), c’est-à-dire « le monsieur », a été utilisé 7000 fois par Luther, les traductrices et traducteurs de la BGS ont opté pour l’éternel, l’éternelle, la force vive, le nom, dieu, toi, le saint, la sainte... Ainsi, la prière du « Notre père » devient le « Notre père et mère ». Sacrilège, moi je plaide pour « Nos parents qui êtes aux cieux», sinon comment les enfants de couples homosexuels pourraient-ils se sentir concernés ? D’ailleurs, la BGS ne fait pas l’unanimité et des voix s’élèvent pour réclamer de nouvelles corrections.
Il y en aura d’autres pour en rire. C’est normal, remettre en cause les acquis d’une classe dominante se heurte souvent aux réactions suivantes: on les ignore, les nie, les dévalorise, les trivialise, puis on s’en moque. Ça évite d’avoir à y réfléchir. Les armes sont efficaces, puisque même certaines femmes intelligentes préfèrent se faire appeler « avocat » par leurs « confrères », parce que ça fait mieux vous comprenez, plus sérieux, plus crédible.
Bref, une bible qui évolue avec l’évolution des mentalités ? Pourquoi pas. Une bible qui, dans 1000 ans, ressortira dans une nouvelle version pour refléter la nouvelle situation politique et sociale de l’Allemagne. Quelle œuvre colossale : l’histoire d’un peuple vue à travers l’histoire de la traduction !