
Toutes les canailles, les fripouilles, la lie de la société s’étaient données rendez-vous ici, dans l’un des coins les plus mit(t)eux de Berlin. Bernd Hammer sentait que d’un instant à l’autre la situation pouvait dégénérer. Chacun devrait alors sauver sa peau. En détective aguerri, il repéra rapidement les armes à proximité, les sorties éventuelles, les lieux de guet-apens. Son œil aiguisé guettait chacun des mouvements des gangsters qui n’attendaient qu’une erreur de sa part pour agir…
- Arrête !
Monique se tient devant lui, trop près, louchant un peu, un sourire narquois sur les lèvres.
- Heu… Quoi donc ?
- Ne fais pas le malin avec moi. Je te connais ! Je sais que t’es en train de te monter encore une histoire… ce n’est pas vrai ?
- Mais… qu’est-ce que tu racontes ? Quatsch! C’est n’importe quoi !
- Mouais… Enfin. Allons-y, faisons cette déposition, et rentrons à la maison…
Bernd Hammer ne voulait pas inquiéter inutilement sa femme. Monique « peau d’ange » comme on l’appelait dans le milieu. La plus belle danseuse de cabaret de toute la ville. Le genre de femme capable de vous embrasser fougueusement juste avant de vous poignarder dans le dos. Un poison mortel et merveilleux…
- Tu recommences! Et puis, je suis sûr que tu parles de moi !
- Mais… Pas du tout!
- Je ne sais pas pourquoi, je le sens quand tu fais ce genre de trucs…
- Mais, non ! On est dans un commissariat, j’attends juste que l’on fasse cette déposition… Je ne pense à rien !
- Hmm…
Ce bout de femme avait du flair. Elle avait plusieurs fois sauvé la vie de Bernd Hammer, grâce à ses tuyaux, mais aussi, quelque fois, grâce à ces charmes…
- Juste pour savoir : quel rôle j’ai, moi ? Je suis certaine que je suis l’une de ces femmes sans cervelle, éprise d’amour pour le héros mystérieux, c’est ça ?
- Bon Dieu ! Arrête de croire quoi que ce soit ! Si tu veux tout savoir, je pensais à l’école de Thomas… Ce n’est pas la semaine prochaine la réunion des parents ?
- Bien tenté, mon beau, mais je lis trop bien dans ton jeu ! Ta mère m’a raconté comment, déjà tout petit, tu te faisais passer pour un détective privé auprès de tes petits camarades !
- Pff… n’importe quoi…
Ce serait peu dire que Bernd Hammer avait son métier dans la peau. Beaucoup de gens disaient qu’à la naissance, il portait déjà son chapeau, un colt, et un cigare. Le monde ne lui avait pas fait de cadeaux, mais lui-même n’en avait jamais demandés…
- Tiens voilà, l’agent… c’est à nous !
Monique s’élance, pressée d’en finir.
Bien sûr, le policier avait reconnu Bernd Hammer. Et si ce dernier les avait souvent aidé sur des affaires compliquées, la corruption, et le plus souvent, la jalousie, rendaient les relations avec les autorités… assez délicates. Bernd ne prêta pas attention, à l’histoire de Monique : il savait qu’elle servait à jeter de la poudre aux yeux du naïf inspecteur. Cette histoire de pickpocket, ne tenait pas debout. Jamais, Bernd ne se laisserait surprendre par qui que ce soit, pas même dans son sommeil.
- … Et alors on vous a volé quoi ? demande le policier sans quitter sa feuille de déclaration de vol.
- Mon portefeuille avec mes papiers, ma carte de crédit, mon liquide… Enfin tout, quoi ! répond Monique, qui suit des yeux les caractères étrangers qui s’affichent sur l’écran d’ordinateur.
« Ca ne peut être qu’un coup de la mafia… sûrement les Volponis ! » songea Bernd Hammer. Personne d’autre n’aurait eu les moyens de mettre en place une opération de cette ampleur, et de la déguiser sous un banal larcin de pickpocket.
- … Alors avec ce papier, vous devrez vous rendre à la Einwohnermeldeamt ou au consulat français pour obtenir de nouveaux papiers…
Un piège ! Voilà ! Tout cela n’était qu’un vaste piège pour l’entraîner, lui, Bernd Hammer, dans le repaire des Volponis !
- Tu viens, Bernd ? On y va ?
Monique est déjà debout.
- Oui, oui… je pensais juste…
- Oui ?
- Non, rien… Allons-y.
Malgré le danger, Bernd Hammer ne pouvait pas abandonner sa Monique « peau d’ange ».
Et là, on dit : quelle classe, ce Bernd Hammer !
Paul-Flavien Enriquez Sarano