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Et si dans l’interminable feuilleton de la consolidation des bourses européennes, la solution franco-allemande finissait quand même par l’emporter ?

 

A première vue, les chances d’un mariage entre les places financières de Paris et de Francfort sont plutôt minces. La fiancée, la Bourse paneuropéenne Euronext qui réunit les marchés de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne a d’ores et déjà repoussé les avances de la Deutsche Börse, l’opérateur de la Bourse de Francfort pour s’allier à la Bourse de New York, le Nyse. Un accord de principe a été signé au début du mois par leurs patrons respectifs, Jean- François Théodore et John Thain.

 

L’absorption d’Euronext par le Nyse va donner naissance à un gigantesque marché transatlantique, de très loin la plus importante Bourse mondiale. Baptisé Nyse- Euronext, le nouvel ensemble pourrait être rejoint par la Bourse de Milan, avec qui Euronext a entamé des négociations. La Deutsche Börse, pourtant à l’origine de ce mouvement de consolidation du paysage boursier puisqu’elle avait proposé, il y a deux ans, d’acheter la Bourse de Londres, risque donc de rester seule. Ainsi, le rêve du monde de la . nance de parachever l’introduction de l’euro par une plus grande harmonisation du marché européen des capitaux restera une vision. Au lieu d’unir leurs forces face à la suprématie américaine, Francfort et Paris continueront d’agir en rivaux.

 

 

L´offre de Francfort est alléchante

 

Les raisons pour lesquelles la Bourse paneuropéenne se jette dans les bras des Américains demeurent obscures. Paris craint apparemment de sortir affaibli d’une union avec Francfort puisque le siège opérationnel du groupe serait transféré sur les bords du Main. En cas de fusion avec les Américains, le siège serait également à New York, mais cette union n’entraînera aucun transfert de compétences et préservera donc les emplois. Pour les actionnaires d’Euronext, l’offre faite par Francfort aurait été plus alléchante : les Allemands proposent de payer 8,6 milliards d’euros contre les 8 milliards américains.

 

Toutefois, l’affaire est loin d’être bouclée. De plus en plus de voix s’élèvent ces jours-ci en faveur d´une solution européenne. Le président français Jacques Chirac a déclaré lors d’une récente visite en Allemagne qu’il « privilégie la solution franco-allemande, pour des raisons de principe ». Le président a assuré « la décision n’est pas prise, je souhaite pour ma part qu’un accord puisse être trouvé entre Francfort et Euronext ». Même son de cloche à Berlin, où le gouvernement a regretté par la voix d’un porte-parole le choix de la Bourse paneuropéenne pour New York aux dépens de Francfort. Jean- Claude Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), s’est également prononcé « à titre personnel » pour une option européenne. Et la Deutsche Börse ne désarme pas non plus. Ses dirigeants poursuivent leur campagne de lobbying auprès des responsables politiques et économiques français susceptibles d’in.uer sur leur rapprochement avec Euronext. Ceux qui continuent de croire à une solution européenne comptent maintenant sur l’assemblée générale des actionnaires d’Euronext qui seront appelés, vraisemblablement en septembre, à se prononcer sur le mariage transatlantique. Après les propos nuancés des dernières semaines, leur vote est loin d’être acquis, d’autant plus qu’une part importante du capital d’Euronext est détenue par les mêmes fonds d’investissement qui contrôlent également la Deutsche Börse. Tous les ingrédients sont donc réunis pour rendre la réunion explosive.

 

Lothar Gries, FRANCFORT

PHOTO : ROMESH NAIK








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