
Plusieurs milliers d’étudiants ont manifesté à Francfort et ailleurs en Hesse ces dernières semaines. Malgré leur faiblesse numérique, ils tentent de lutter contre la mise en place de droits d´inscription universitaires dans de nombreux Länder.
Le monde a les yeux rivés sur l’Allemagne organisatrice de la Coupe du monde mais les revendications des jeunes étudiants allemands semblent être passées à la trappe. Depuis plusieurs mois déjà, les différents Etats fédérés d’Allemagne se sont lancés dans la mise en place effective des droits d’inscription universitaires et ce, dès le premier cycle d’étude.
A partir de la prochaine rentrée étudiante, il faudra débourser 500 euros tous les six mois, dans les Etats de Hambourg, de la Sarre, du Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour étudier. Le calcul est simple : si un étudiant veut poursuivre ses études sur 10 semestres, il devra payer 10 915 Euros. L’Etat de Hesse, haut lieu de la protestation, s’apprête à rejoindre les autres Länder.
Discutée depuis plusieurs années, la forte augmentation des droits d’inscription n’est donc pas une surprise pour les étudiants. Mais sa mise en place, échelonnée Etat par Etat semble pourtant couper l’herbe sous le pied à une éventuelle protestation estudiantine de masse. Et si le Land de Berlin, qui compte à lui seul 140 000 étudiants, et le Brandebourg ne sont pas encore concernés par cette réforme, tout porte à croire qu’ils le seront d’ici deux voire trois ans.
Si l’Allemagne possède en effet un ministère de la formation, chaque Etat fédéré (Länder) est responsable de la gestion de ce domaine et donc de décider si oui non, quand et à quelle hauteur il souhaite augmenter les droits d’inscription de ses universités.
Les arguments en faveur de ce changement sont de taille et seraient même indiscutables si on ne se mettait pas deux minutes à la place d’un étudiant. Les caisses des universités sont vides et avec 1,9 millions d’étudiants inscrits en Allemagne pour le semestre d’hiver 2005/2006 et 2,7 millions en 2014 selon les prévisions, l’université allemande aura bien des difficulté à relever le défi. Lequel ? Celui de donner à ses étudiants un enseignement de qualité, avec des professeurs de qualité dans des universités de qualité. Le tout, pourquoi pas, pour affronter enfin les monstres américains tels que Yale ou Harvard et continuer à être actif dans la construction d’un espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010 comme défini dans le processus de Bologne.
L’ambition est grande. Celle des étudiants devant les frais de leurs études rétrécies de jour en jour. Sur le sujet, Peter Grottian, icône de la protestation berlinoise, professeur de politique et membre du célèbre Institut Otto-Suhr à la Freie Universität de Berlin est à la fois tranchant et fataliste : « cette mesure mène les inégalités et la discrimination sociale à leur paroxysme. Dorénavant, les étudiants vont devoir s’acheter leur propre carrière et bon nombre d’entre eux ne pourront pas dépasser le stade du Bachelor (équivalent d’une licence), faute de moyens.
D’une façon générale, une société sans formation régresse. Bien sûr, il faut trouver une solution et je ne peux pas dire que diriger en ce moment des séminaires avec 350 étudiants faute de professeur soit normal et bon pour eux. Mais ce système inégalitaire n’est pas la bonne solution, nous ne sommes pas les Etats-Unis ». Il faudra manifestement survivre à la comparaison. Les différents Länder mettent en place des systèmes d’emprunt pour les étudiants qui peuvent également recevoir des bourses d’études comme le Bafög qui a été revu à la hausse. De leur côté, les banques découvrent un nouveau marché et proposent maintenant des prêts étudiants de 3 à 6%.
Hasard ou coup d’épée final, la Ministre allemande de l’éducation et de la recherche, Annette Schavan, annonçait quelques semaines plus tôt que « l’Etat allait renforcer son aide aux étudiants les plus doués, par l’intermédiaire de bourses ciblées ». Et d’ajouter : « l’avenir de notre pays dépend largement de notre capacité à créer une élite performante ». Mais que faire si l’élite est déjà dans la rue ?
Céline Figuière
(Photo: Promo)