
Pour leur 50ème anniversaire, les services allemands de renseignement extérieur ont écopé d’un « cadeau » dont ils se seraient bien passés : des scandales qui remettent en cause leurs méthodes de travail et leur crédibilité.
Le Bundesnachrichtendienst (BND) insistait ces dernières années sur son évolution démocratique, loin des rumeurs de l’après-guerre sur le recours à d’anciens nazis et sur les pratiques interlopes de certains autres services étrangers. Coup sur coup, deux affaires sont venues maculer cette image et relancer le débat sur le contrôle de cet organe opaque.
La première concerne la coopération avec les services secrets américains. Une coopération beaucoup plus intense qu’on ne pouvait l’imaginer, en raison des tensions politiques observées à l’époque entre Berlin et Washington. Depuis 2002, le gouvernement rouge-vert dirigé par Gerhard Schröder était le fer de lance de la dénonciation des plans américains pour envahir l’Irak. Parallèlement, comme si de rien n’était, le BND continuait à entretenir de bonnes relations avec les services américains dans la lutte contre le terrorisme islamiste.
Ainsi a-t-on appris, ces derniers mois, que des agents du BND ont pu se rendre dans la base américaine de Guantanamo pour y interroger un détenu allemand extrémiste. D’autres en ont fait de même en Syrie, sans doute avec l’aval des Américains. Le BND a également été informé, sans en référer au gouvernement, de l’enlèvement par la CIA d’un Allemand d’origine libanaise en janvier 2004. Khaled El-Masri avait été libéré après cinq mois au secret dans une geôle afghane. Surtout, des agents allemands stationnés à Bagdad ont apporté un soutien logistique, voire militaire, aux Etats-Unis juste avant et pendant qu’ils attaquaient l’Irak. Ces agents leur auraient livré le plan de défense de la ville et des données sur des objectifs à bombarder.
Ces révélations, partiellement confirmées par les autorités allemandes, ont incité l’opposition parlementaire à demander la création d’une commission d’enquête au Bundestag. Celle-ci a commencé ses travaux et devrait entendre El-Masri le 22 juin. Son mandat devrait être élargi après la découverte d’une autre affaire embarrassante.
Pendant une dizaine d’années, des responsables du BND ont en effet fait suivre et contrôler des journalistes allemands jusque dans leur vie privée. Au départ, il s’agissait de découvrir d’où venaient des fuites, au sein de ces services, qui alimentaient des articles de presse sur le BND. Ces pratiques ont aussi permis de savoir sur quels sujets travaillaient les journalistes spécialisés dans les services secrets. Certains d’entre eux ont d’ailleurs été rémunérés, en échange d’informations sur leurs collègues…Les plus hautes instances du BND, tout comme les gouvernements successifs, ont nié avoir été au courant de ces méthodes. Ces diverses affaires ont en tout cas montré que le contrôle des services secrets, confiés depuis quelques années à des députés, comportait d’importantes lacunes.
Antoine Jacob