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L’Artemis de Berlin, 4 000 m2, est d’abord un club naturiste qui propose sauna, hammam et piscine, au bord de laquelle se prélassent de jeunes filles nues. Des chambres vastes, propres et décorées façon lupanar de Pompéi sont ouvertes à l’étage pour ceux qui le souhaitent. Les filles viennent travailler quand bon leur semble, entre onze heures du matin et cinq heures le jour suivant.

Angela et Steffi viennent de l’ouest de l’Allemagne. Elles ont juste vingt ans et se prostituent, comme c’est souvent le cas,  « pour l’argent. Moi, j’ai gagné 3 000 euros en trois jours ici, juste en faisant la conversation à un Russe très riche et en buvant du champagne », rigole Steffi, une petite brune dynamique, en sortant ses cigarettes de son mini-sac Vuitton. Cela fait quelques mois qu’elle a suivi sa copine Angela dans un bordel, et elle y trouve son compte. Son copain est au courant, il est d’accord. Mais il ne faut pas s’y méprendre : si la prostitution est aujourd’hui une activité reconnue, ce n’est pas encore un métier normal. Rares sont les filles qui en ont parlé à leur famille.

Dans ce club situé à portée de ballon de l’Olympiastadion, les femmes parlent trois langues et ont souvent dépassé la trentaine. La plupart d’entre elles sont étrangères et se réjouissent de la liberté de mœurs allemande. « Vraiment, la prostitution est interdite en France ? », s’étonne Franziska, une Allemande de 42 ans. « Ici on respecte le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, et on nous laisse travailler librement », explique-t-elle.

 

 

La légalisation ne vise pas à « faire la morale »

 

Le Frauenrat, qui regroupe presque toutes les associations féministes allemandes s’est engagé pour la légalisation de la prostitution. L'automne dernier, elles ont lancé une campagne contre la prostitution forcée. Brigitte Triens, porte-parole du projet, s’étonne de l’amalgame fait par les médias étrangers entre la prostitution légale, la Coupe du monde et la prostitution forcée. Les associations du Frauenrat n’ont pas pensé que la Coupe du monde renforcerait la prostitution forcée et ne veulent surtout pas revenir sur la légalisation. « C’est une bonne chose qui doit être améliorée, afin de donner aux femmes encore plus de droits ».

Même son de cloche auprès du commissaire Heike Rudat, spécialisée dans le trafic d’êtres humains : « Cette loi permet aux policiers de se concentrer sur le trafic d’êtres humains et non sur les prostituées qui font cela librement. La seule limite est que cette légalisation a supprimé le délit d’atteinte aux bonnes mœurs, seul prétexte dont disposait la police dans beaucoup de länder pour contrôler les bordels. »

De Schröder à Merkel, tout le monde a voté la légalisation de la prostitution. Là où beaucoup de Français voient la reconnaissance par l’Etat de l’asservissement de la femme, les Allemands défendent une mesure égalitariste, pragmatique et féministe. « Il ne s’agit pas de faire la morale mais d’accorder aux femmes des droits en leur donnant un statut », dit tranquillement le sénateur Harald Wolf (PDS) en charge de l’économie et des femmes à la ville de Berlin. Seules certaines églises condamnent cette mesure – au nom d’une morale religieuse dont l’Etat allemand ne s’embarrasse pas.

 

Caroline Bruneau

 

(photo: Mirko Zander)

 

 

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