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Regina Kalthegener est avocate à Berlin, spécialiste du droit des femmes. Elle appartient à l´association Terre des Femmes. et a travaillé avec des victimes de la prostitution forcée.



Comment les femmes arrivent en Allemagne ?

 

Mes clientes ont été abordées dans une boîte de nuit par exemple, où un homme séduisant leur propose de venir en Allemagne. Pour atténuer leur méfiance, c’est parfois une femme qui les aborde. Il existe une véritable chaîne. Après le premier contact, un voyage en bus ou en voiture est organisé jusqu’à la frontière allemande. De là, un chauffeur de taxi les conduit à Berlin.

 

 

Quels profits peuvent espérer les proxénètes ?

 

Jusqu’à 20.000 euros par mois et par femme. Les tarifs sont sensiblement inférieurs à ceux pratiqués dans des bordels officiels. Une heure de rapports non protégés ne coûte que 50 euros.

 

 

Les femmes perçoivent-elles une partie de ces sommes ?

 
Oui, mais elles doivent souvent rembourser après coup leur transport en Allemagne, payer leurs déplacements quotidiens chez leurs clients, régler un loyer surévalué ou les faux papiers qu’on leur a fournis. Elles doivent aussi subvenir à leurs besoins. Au bout du compte, il ne leur reste pas grand-chose.

 

 

Comment travaillent-elles ?

 

Mes clientes habitaient sous surveillance dans des appartements privés. Elles pouvaient être appelées à tout instant pour se rendre dans l’appartement du client ou à son hôtel. Arrivées dans la chambre, elles devaient aussitôt téléphoner pour confirmer leur présence. On vérifiait qu’elles avaient bien touché la somme prévue et que le temps imparti au client n’avait pas été dépassé.

 

 

Comment peuvent-elles s’en sortir ?

 

Parfois grâce à des contrôles de police fortuits, voire à la suite d’un banal accident de la circulation. Dans des cas plus rares, des clients attentifs peuvent leur venir en aide.

 

 

Que se passe-t-il ensuite ?

 

La police les conduit dans un centre de conseil spécialisé où elles sont prises en charge psychologiquement, avec l’aide d’un traducteur. On leur demande si elles souhaitent porter plainte, et c’est loin d’être évident. Le risque de représailles contre leurs familles est réel. Ces dangers doivent être évalués grâce à des contacts avec le pays d’origine. Mais voir leurs bourreaux condamnés constitue pour elles une satisfaction morale, après l’atteinte à la dignité qu’elles ont subie. 

 

 

Que deviennent-elles ?

 

Leur situation est précaire. Une cliente qui a épousé un Allemand a pu rester en Allemagne. Une Roumaine séropositive, souffrant d’une hépatite, a été forcée de retourner dans son pays malgré son état. Elles reçoivent des permis de séjour de six mois, qui ne sont renouvelés que si la police considère qu’un retour au pays est trop risqué. Nous devons vraiment mendier pour les obtenir.

 

Propos recueillis par Pascal Thibaut

 

 

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