Dans le petit monde des constructeurs de trains à grande vitesse, Alstom et Siemens se livrent une intense bataille commerciale. Indéboulonnables dans leurs prés carrés, les deux lorgnent sur les marchés extérieurs. Siemens, le mastodonte industriel allemand a vendu son ICE (InterCity Express) à la Russie en mai dernier, ainsi qu´à l´Espagne pour la nouvelle ligne Madrid-Barcelone. Le TGV d’Alstom circulait déjà depuis 1992 sur la ligne Madrid-Séville.
En Asie aussi, la concurrence est rude. Le TGV, élevé au rang d’emblème national français, relie depuis 2004 Séoul à Busan, en Corée. La Chine a quant à elle passé commande de 60 Velaro (le nom de l’ICE à l’export), pour la nouvelle ligne Pekin-Tianjin. Un bon point pour les Allemands. La Chine est en effet le nouvel eldorado des trains à grande vitesse. Le pays prévoit de s’équiper massivement en infrastructures rapides dans les trente prochaines années.
Un marché incontournable pour les constructeurs de trains, mais aussi pour les géants du BTP. Bouygues l’a bien compris. Le groupe est entré le mois dernier dans le capital d’Alstom à hauteur de 21,03%. Même si l’on devine le rôle moteur de l’Etat à qui Bouygues a racheté ses parts, la complémentarité entre les deux entreprises parait optimale. L’un construit la voie, l’autre les trains. Une solution intégrée pour répondre aux appels d´offre.
Alstom, après une faillite évitée de justesse grâce au soutien de l’Etat en 2004, stabilise son actionnariat et reprend lentement des couleurs, tout en se recentrant sur le transport ferroviaire et l’énergie. On se souvient qu’à l’époque où Alstom était à terre, Siemens s’était montré intéressé par la reprise du conglomérat français. Mais pour Paris, il était hors de question de vendre le TGV aux Allemands.
Un patriotisme économique à la française qui n’avait pas plu du tout à Berlin, surtout après le soutien du gouvernement français au rachat hostile du groupe pharmaceutique franco-allemand Aventis par Sanofi début 2004. Mais le gouvernement d’Angela Merkel risque de se montrer moins tolérant face à des partenaires pour qui le village gaulois semble être le modèle de coopération économique.
Constant von Meerkanp